ACTE lY. SS
fiance, ont-elles pu Remporter si loin? Comment est née celte querelle? nous sommes tous consternés. Qu'est devenue la dooeeur, ta manière d'être si prévenante, ta vue rapide, cette raison droite qui rendait à chacun ce qui lui appartient? cette égalité d'âme qui supportait ce qu'un noble cœur, et rarement un esprit frivole, apprend aisément à supporter? Qu'est devenu ce sage empire qui maîtrisait ta langue et tes lèvres? Cher ami, je puis à peine te reconnaître.
LE TASSB.
Et quand j'aurais perdu tout cela! quand Tami que tu croyais si riche se laisserait tout à coup voir à toi comme un mendiant? Tu n'as que trop raison, je ne suis plus moi-même. Je le suis toutefois autant que je l'étais naguère. Ceci te semble une énigme, et ce n'en est point une. La lune paisible, qui te réjouit durant la nuit, qui charme alors tes yeux et ton âme de son éclat irrésistible ; la lune, pendant le jour, plane comme un petit nuage, pâle. Je suis, comme elle, effacé par la splendeur du jour; vous me connaissez maintenant, je ne me coimais plus.
LÊONORE.
Que me dis-tu, mon ami? je ne te comprends pas. Explique-toi : les outrages de l'intraitable Antonio ont-ils tellement abattu tes esprits, que tu puisses te méconnaître, etnouff méconnaître à ce point? Aie confiance en moi.
LE TASSE
A les entendre, je ne suis point l'oflensé, et tu me vois puni comme agresseur ! 11 y aurait là beaucoup à dire, ou plutôt l'épée trancherait aisément la question ; mais je suis prisonnier. .Tendre amie, ne t'eflraye pas! tu ne pensais guère trouver ton ami dans cet état. Le prince me châtie comme un écolier! Je ne veux, je ne puis disputer contre lui.
LÉONORE
Tu me semblés ému plus qu'il ne convient.
He crois-tu donc l'esprit assez faible, assez puéril, pour
qu'une telle chose puisse le troubler? Je ne m'adlige pas de
cequim'arrive; c'est l'augure que j'en tire qui me déses-