‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 168 sur 390 · SCÈNE II ALPHONSE, LE TASSE · texte numérisé non relu

SCÈNE II ALPHONSE, LE TASSE

LE TASSE, avec réserve.

La bonté dont tu m'as si souvent donné des marques ne s^est jamais fait voir à moi si clairement qu'en ce jour. Tu m'as pardonné le criminel écart dont je m'étais rendu coupable au sein de ta demeure, tu m'as réconcilié avec mon adversaire, et maintenant tu permets que je m'éloigne de ta présence, sans m' enlever ta généreuse protection. Je pars donc, plein d'une douce sécurité, et dans cette courte absence j'espère trouver un terme aux angoisses qui me serrent le cœur. Mon esprit abattu va se relever, il se rendra digne encore de te plaire. Je le vois s'élancer de nouveau dans la route où j'avançai d'abord, plein de joie et de courage, animé par tOD puissant regard.

ALPHONSE

Je te souhaite un heureux voyage, et j'espère bientôt te revoir exempt de maux et de tristesse. Rapporte-nous alors, pour chaque heure dont tu nous auras privés, le double de plaisirs. Je te donnerai des lettres pour mes amis, pour mes serviteurs de Rome, et je désire vivement que ce soit en tout lieu aux miens que tu te fies ; je ne cesserai même, malgré ton éloignemeut, de te considérer comme à moi.

Seigneur, tu combles de tes bienfaits un homme qui s'en trouve indigne, et qui ne peut même, en ce moment, l'exprimer sa profonde reconnaissance. Au lieu d'actions de grâces, je te soumets une autre prière! Mon poème est ce qui m'importe le plus. J'ai déjà beaucoup fait, je n'ai épargné ni soins ni travail ; mais je suis loin d'avoir atteint le but Je voudrais, d'une naanière efficace, dans la cité antin. ^2

S5I TORQUiTO TÂSSO.

que où le génie des grands hommes plane encore, retourner auprès de mes premiers maîtres. Mes chants leur deTront de nouveaux titres à ton sulTrage; ils en seront plus fiers en le méritant davantage. Daigne donc me rendre les pages impar* faites que je rougis de savoir dans tes mains.

ALPHONSE

Tu ne me reprendras pas aujourd'hui ce que tu viens de m'offrir aujourd'hui ! laisse-moi me placer, comme un médiateur, entre ton poème et toi ! Prends garde de flétrir, par une critique trop rigoureuse, cette nature aimable qui vit dans tes vers, et ne va pas prêter Toreille aux conseils qui t'assiégei'onl de toutes parts! Le poète avec sagesse doit concilier les multiples pensées d'hommes qui se contredisent dans leurs opinions comme dans la vie; mais il ne doit pas craindre de déplaire à beaucoup, pour plaire d'autant mieux â beaucoup. Pourvu qu'elle soit maniée par une main scrupuleuse, la lime peut toutefois être çà et là nécessaire : je m'engage donc à te faire remettre bientôt une copie de ton poëme. L'original restera dans mes mains, pour que mes sœurs et moi nous puissions en jouir les premiers ; et si tu nous en rapportes un plus pariait, heureux de voir s'accroître nos plaisirs, nous te donnerons encore, au nom de la seule amitié, notre avis sur quelques passages.

LE TASSE

' Je n'oserais répéter ma prière. Que j'aie promptement du moins cette copie. Mon âme est maintenant attachée tout entière à cet ouvrage. C'est maintenant qu'il va devenir ce qu'il doit être.

ALPHONSE

J'approuve le zèle qui t'anime ! mais, cher Tasse, il faudrait d'abord, si cela était possible, te distraire, jouir en liberté du monde, et reposer ton sang par un régime plus sain. Tu retrouveras alors la douce harmonie des sens rétablis, que tu cherches vainement dans une existence agitée.

LE TASSE

On le croit ; et cependant je ne me porte bien que si f

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