‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 169 sur 390 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

peux me laisser aller à mon activité : c'est en m*y livrant que je guérirai tous mes maux. Tu me vois depuis assez longtemps pour savoir qu'une vie libre et voluptueuse ne me convient pas ; ce qui me repose le moins, c'est le repos. Ce cœur, je le sens, hélas ! ne fut point fait par la nature pour s'abandonner sur la mer des âges au mol élément de ces jours de délices.

ALPHONSE

Tous tes sentiments, tous tes efforts, te ramènent bien avant dans toi-même ! Des abîmes nous entourent, que le sort a creusés ; mais le plus profond de tous est dans notre cœur, €t un irrésistible penchant nous y entraîne ! Arrache-toi à toi-même, je t'en conjure ! l'homme gagnera ce que perdra le poète,

LE TASSE

Je voudrais vainement contenir cette pression qui, nuit et jour, tourmente mon cœur. Si je ne peux ni penser, ni rêver, la vie n'en est plus une pour moi. Défendras-tu au ver industrieux de filer la soie, lors même que son travail le rapproche incessamment de la mort? C'est de ses entrailles qu'il tire le linceul précieux où il s'ensevelira, et il ne s'arrête qu'après s'être enfermé dans -son cercueil. Oh! puisse un jour quelque dieu favorable nous accorder un sort si digne d'envie, afin que, pleins de joie, nous déployions nos ailes Agiles dans l'espace éclairé par un soleil nouveau !

ALPHONSE

Ecoute ! Toi qui sais doubler pour les autres les jouissances ^e la vie, apprends, je t'en supplie, à les connaître enfin à ton leur. Cette vie ne s*offre-t-elle pas encore à toi, riche de tous ses trésors ? Adieu ! plus prompt sera ton retour, et plus lu seras le bienvenu parmi nous.

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