ACTE T. 26S
ÀIVTOIVIO.
Je ne te quitterai pas dans celte détresse, et si ta manques l tel point d*einpire sur toi-même, je ne manquerai certainement pas de patience.
Il faut donc que je me livre prisonnier dans tes mains? Je me livre, et c en est fait! Je ne résiste pas, et ce n'en est que mieux pour moi. Laisse-moi ramener ma triste pensée sur la grandeur du bien que j'ai perdu par ma faute. Ils partent. 0 Dieu ! déjà je vois d'ici la poussière qui s'élève sous les roues des voitures... les cavaliers courent en avant... ils s'avancent vers la ville, ils en approchent ! n'en suis-je pas aussi venu avec eux? Ils partent, irrités contre moi! Âh! si j'avais du moins baisé la main du prince! Ah! si j'avais pu seulement prendre congé, pour dire une fois encore : Oh ! pardonnez ! et l'entendre me répondre : Va, l'on le pardonne. — Tu ne les entendras pas, jamais ! — Je veux, je veux y aller ! Des adieux au moins, des adieux! Rendez, oh! rendez-moi pour un instant, pour un seul instant, votre présence tutélaire ! Peut-être puis-je guérir. Mais non, je suis chassé, je suis banni, et... je me suis banni moi-même. Je ne rencontrerai plus ce regard, je n'entendrai plus cette voix I
ANTONIO
Écoute celle d'un homme qui n'est point insensible à des peines si vives. Tu n'es pas si- malheureux que tu le crois, Reprends courage ! c'est trop t'abandonner à toi-même.
LE TASSE
Et suis-je donc aussi malheureux que je le parais? Suis-je aussi faible que je me montre à tes yeux? Tout est-il donc perdu? La douleur, comme si la terre tremblait, a-t-elle changé l'édifice en un affreux monceau de ruines? Le talent n'est-il plus là pour distraire, pour soutenir mon âme? La force qui s'élevait autrefois dans mon sein est-elle tout entière-, éteinte? Ne suis-je plus rien enfin? Je me sens ravi à moimême, et cette force généreuse m'est ravie à son tour.
AHTOHIO.
Ta te crois perdu tout entier? Compare-loi donc! Reoon: nais ce que tu es! *
LE TASSB.
Oui, tu mêle rappelles à propos! L'histoire nenousfoumitelle point d'exemples? N'est-il point de grand homme qui ait plus souffert que je ne soutTrirai jamais, et qui apparaisse pour m' engager à recouvrer mes esprits en me comparaot à lui? Non ! tout est perdu ! — Une seule chose me reste. La nature nous a donné des larmes et ce cri de la douleur qui échappe à Thomme quand il ne peut plus la supporter. — Elle m'a laissé encore une voix mélodieuse pour déplorer toute ma peine, alors même qu'elle se fait sentir jusqu'au fond du cœur; et, quand les autres se taisent accahlés par la souffrance, un Dieu propice m'aocorda de dire combien je souffre.
(Antonio s'approche et le prend par la main.) 0 noble Antooio! tU
restes ferme, immobile, et moi je ressemble à ia rague remuée par les orages. Mais considère, et ne te prévaux pas trop de ta force ! La puissante nature qui fonda ces rochers donne aussi aux flots leur mobilité. Elle envoie sa tempête, et Tonde fuit, chancelle, s'enfle et se courbe en écumant. Le soleil se mirait dans le cristal des eaux, les astres reposaient sur leur sein tendrement agité; mais l'éclat a disparu, et le calme s'est enfui. — Je ne me reconnais plus dans le péril, je ne rougis pas de l'avouer. Le gouvernail est brisé, le faisseau craque de tontes parts, le, plancher s'ouvre biusquément sous mes pieds! Antonio, mes deux bras te saisissent! Ainsi le matelot s'attache avec effort au roc contre lequel il devait échouer.
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COHiDIB lir CINQ ACTES — MK PB08B —
MBSONirAOlS
LE GHANODfB.
lE COMTE.
LE CHEYALIER.
LE MARQUIS
U MAItQOlSE.
LEDH MÈCB.
LE COLONEL des gtrdes Suisses.
WT-JEAM. domestique du chanoine.
LAFLEUR, domestique du marquis.
DEUX JOAILUERS de U Cour.