SCÈNE I U MARQUISE
Est-il pennis d'être ainsi préoccupé, de fuir une aimable ^nipagnie, et de détruire le plaisir que ses amis goûteraient l^ans ces heures de confiance? Croyez-vous que nous puissions jouir et nous égayer, quand notre hôte quitte une table qu'il Rous a si gracieusement préparée? Déjà toute la soirée vous R*avez paru assister que de corps à cette fête. Nous espérions ^ la fin du repas, au moment où les valets se sont retirés.
2e0 LE GRAND GOPHTE.
TOUS voir plus gai, plus ouvert; au contraire, vous vous levez, vous vous éloignez de nous, vous allez à rextrémité (le la salle, et vous vous promenez tout pensif, comme si rien ici ne pouvait vous intéresser, vous distraire.
LE CHANOINE
Vous demandez ce qui m'occupe? Marquise, ma situatioa vous est connue. Serait-il étonnant que je sortisse de mon caractère? Est-il possible que Tesprit, le cœur d'un homme reçoive à la fois plus d'assauts que le mien? Quelle natm« ne faudrail^il avoir pour n'y pas succomber? Vous savez ce cpii m'agite à ce point, et vous me faites cette demande!
LA MARQUISE
Vraiment, je ne vois pascela si clairement. Tout ne va-t*il pas au gré de vos désirs?
LE CHANOINE
Et cette attente ! et cette incertitude!
Vous n'avez que peu de jours à la supporter : le conate notre oracle, notre maître, n*a-t-il pas promis de nous fau*e avancer tous,et vous particulièrement, dans la science des mystères? N*a-t-il pas promis de calmer cette soif de connaissances secrètes qui nous tourmente, et de satisfaire chacun suivant la portée de ses moyens? et pouvons-nous douter qu'il tienne parole?
LE CHANOINE
Sans doute; il Ta promis. Mais n*a-t-il pas défendu aussi toute réunion semblable à celle que nous formons aujourd'hui à son insu? Ne nous a-t-il pas ordonné le jeûne, la retraite, l'abstinence? Ne nous a-t-il pas commandé de recueillir et de méditer en silence les dogmes qu'il nous a livrés? — Et je suis assez léger pour rassembler en cette campagne une société joyeuse, pour consacrer au plaisir cette importante nuit, où je devrais me préparer à une grande et sainte apparition. — Dût-il tout ignorer, ma conscience ne m en tourmenterait pas moins : et quand je songe que ses esprits lui ont certainement tout appris, qu'il est peut-être en route pout nous surprendre! ah! — Qui pourra soutenir sa colère?—