‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 178 sur 390 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Quelle honte! j'ea serais atléré. — Chaque moment... Je crois Tentendre... J'entends les pas d'un cheval, le bruit d'une voiture...

11 court à la porte.

LA MARQUISE, à part.

0 comte! tu es un vaurien sans pareil! un maître trompeur! je ne te quitte pas, et cliaque jour pourtant je découvre en toi quelque chose de nouveau ! Gomme il sait mettre à profit et développer les passions de ce jeune homme! Comme il s'est emparé de toute son âme ! Quel empire sans bornes il exerce sur lui! — Voyons un peu si ma feinte réussira. (Le chanoine revient.) Haut. Sojez sans inquiétude ; le comte sait beaucoup de choses, mais il ne sait pas tout, et il ignorera cette fête. Depuis quinze jours je ne vous ai pas vu ; je n'ai pas vu mes amis ; je me suis ensevelie pendant ce temps dans une triste campagne, où j'ai dû passer bien des heures ennuyeuses, dans le seul but de me rapprocher de notre princesse adorée, d'épier l'instant de l'aborder sans témoins, et de l'entretenir des intérêts d'un ami bien cher. Aujourd'hui que je retourne à la ville, c'a été fort aimable de votre part de me préparer un festin dans cette maison à moitié route, de venir à ma rencontre, et de rassembler mes meilleurs amis pour me fiiire accueil. Certes, vous êtes digne des bonnes nouvelles que je vous apporte. Vous êtes le plus chaud, le plus obligeant des amis. Vous êtes heureux et vous le serez. k désirerais seulement que vous jouissiez de votre bonheur.

LE CHANOINE

Bientôt, bientôt.

LA MARQUISE

Venez, asseyez-vous. Le comte est absent; il subit dans la solitude ses quarante jours de retraite pour se préparer au grand œuvre. 11 ne saura pas plus nos réunions qu'il ne connaîtra le secret qui nous occupe. (Après quelques instants de ré-

flttion.) Si l'on découvrait trop tôt que la princesse vous pardonne, que probablement le prince va se laisser attendrir par «ne tille chérie, tout l'édifice de nos projets croulerait sous les efforts de l'envie. La princesse, qui connaît votre liaison

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avec le comte, in*a ordooné expressément de cacher notre importante affaire à cet bomme qu'elle redoute.

LB GRAIVOIHB.

Je dépends entièrement de votre volonté. Je me conformerai à cet ordre, ^oique persuadé que cette crainte n'est pas fondée. Ce grand homme nous serait plutôt utile qoe nuisible. Devant lui tous les rangs sont égaux. Unir deux tendres cœurs est sa plus douce occupation. Mes élèves, a-t-ii coutume de dire, sont des rois dignes de gouverner le monde, dignes de toute espèce de bonheur. — Et si ses esprits lui apprennent la vérité? s'il voit que la défiance s'est glissée dans nos cœurs, dans le moment même où il nous ouvre les trésors de sa sagesse ?. . .

LA. VARQUISE.

Tout ce que je peux vous dire; c'est que la princesse le désire expressément.

LE CHANOINE

Soit ; je lui obéirai, quand même je devrais me perdre.

LA MARQUISE

Et notre secret est d'autant plus facile à garder, que nul ne vous croira rétabli dans les bonnes grâces de la princesse.

LE CHANOINE

En effet, chacun me croit en disgrâce et pour toujours éloigné de la cour. Les yeux de ceux qui me rencontrent expriment la compassion et même le dédain. C'est uniquement par une grande dépense, par le crédit de mes amis, par l'appui de plusieurs mécontents, que je parviens à me conserver. Fasse le ciel que mes espérances ne soient pas trompées, et que votre promesse s'accomplisse !

LA MARQUISE

Ha promesse? — Ne dites plus cela, mon cher. Jusqu'ici c'était une promesse ; mais depuis cette soirée, depuis que je vous ai remis une lettre, ne vous ai-je pas en même temps donné les plus belles certitudes?

LE CHANOINE

Je l'ai déjà baisé mille fois ce papier (il tire un papier de u poche); laissez-moi le baiser mille fois encore. Il ne quittera

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