‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 187 sur 390 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LE COMTE

Comment puis-je me fâcher contre toi, toi, mon favori! Gomment t'abaiidonner, toi Félu du Destin ! Lève-toi ! viens sur mon sein d'où rien, même la force, ne pourrait t'arra-

dier!

LE CHANOIffE.

Que tu me ravis! Mais, dans ce moment où je devrais pleurer et expier ma faute, oserais-je te deniander une grâce en signe de réconciliation?

LE COHTE.

Parle, mon cher.

LE CHANOINE

Ne me laisse pas plus longtemps dans l'incertitude; donnemoi quelques lumières plus précises sur Thomme étonnant que tu appelles le Grand Cophte, que tu veux nous faire voir et dont tu nous promets tant de merveilles ! Quel est-il? Où esl-il? Est-il près d'ici? Le verrai-je? Peut-il encore m'estimer? M'accueillera- t-il? Me livrera-t-il les secrets auxquels mon cœur aspire si ardemment?

LE COMTE

Doucement, doucement, mon fils : si je ne te découvre pas tout sur-le-champ, c'est avec intentiop et pour ton bien. Eveiller ta curiosité, exercer ton intelligence, vivifier ta science, tel est mon vœu. C'est ainsi que je mériterai bien de toi et de moi. Écouter et s'instruire, c'est ce que peut faire un enfant; observer et deviner, c'est ce que doivent faire mes élèves. Quand j'ai prononcé le mot Cophte, rien ne t'est-il venu à l'esprit?

LE CHANOINE

Cophte! Cophte! Oui, si je puis te l'avouer franchement,

mon imagination quittait alors tout à coup cette partie du

monde froide et resserrée; elle s'élançait vers ces brillantes

régions où le soleil couve incessamment d'ineffables mystères.

L'Egypte s'offrait soudain à mes yeux; de saintes ténèbres

m'environnaient; je m'égarais au miUeu des pyramides, des

obélisques, des sphinx monstrueux, des hiéroglyphes : tout

mou corps frissonnait. Là je voyais marcher le Grand Cophte; II 24

278 LE GRAND GOPUTE.

je le voyais entouré d*une foule de disciples qui semblaient attachés comme par des chaînes à sa bouche divine.

LE COMTE

Cette fois ton imagination ne t'a point trompé. Oui, ce grand, ce sublime, et je le dirai même cet immortel vieillard, est le personnage dont je vous parlais, que vous espérez voir un jour. Depuis plusieurs siècles il habite cette terré, florissant d'une éternelle jeunesse. Les Indes, TÉgypte, sontk séjour qu'il préfère. Il se promène nu dans les déserts de la Lybie, et là scrute avec ardeur les mystères de la nature; le lion affamé s*arrête devant son bras terrible et puissant; le tigre furieux fuit au bruit de ses paroles magiques, pour que sa main savante puisse rechercher paisiblement les plantes salutaires, et distinguer les pierres qui, par leurs vertus occultes, sont plus précieuses que l'or et les diamants.

LE CHANOINE

Et cet homme admirable, devons-nous le voir? Indiquem'en les moyens.

LE GOUTE

Oh ! que ta vue est bornée ! Quels signes t'ofErir à toi dont les yeux sont fermés?

LE CHANOINE

Un seul mot.

LE COMTE

C'en est assez. J'ai coutume de ne jamais dire à mes élèves ce qu'ils doivent savoir.

LE CHANOINE

Je brûle de curiosité, surtout depuis que tu m'as élevé au deuxième grade des mystères. Plût à Dieu que tu m'accordasses bientôt le troisième !

LE COMTE

Gela ne peut pas être.

LE CHANOINE

Pourquoi?

LE COMTE

Parce que je ne sais pas encore comment tu as compris les leçons du deuxième grade, et comment ta les pratiqueras.

Page 1