‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 205 sur 390 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

une infortunée d'un affront public! Le magicien veut me perdre; je ne verrai point les esprits! je resterais là couverte de honte aux yeux de tous.

LA MARQniSE, à part.

Que peut signiûer cela?

LÀ IIIÈGE.

Je vous supplie, je vous implore à genoux, sauvei-moi! Je Tais tout avouer. Âh ! ma tante* ah ! chère tante! si je puis encore vous dormer ce nom. La jeune fille que vous voyiez devant vous n'est point innocente. Ne me méprisez pas, ne me repoussez pas !

LA MARQUISE, à part.

Quel discours inattendu ! (a sa nidce.) Levez-vous, mon en-

Ëmt.

LA iriÈCE.

Je ne le pourrais pas, quand je le voudrais ; mes genoux ne me soutiennent plus. Etre ainsi à vos pieds me iàit du bien. Ce n'est qu'en cette position que j'oserai vous dire... Peut-éire suis-je excusable ! ma jeunesse I mon inexpérience! ma situation ! ma crédulité !

LA MARQUISE

Je vous croyais plus eu sûreté sous les yeux de votre mère que dans un couvent. Levez-vous.

Ella relève sa nièce.

LA NIÈCE

Ah! dois-je parler! dois-je tout avouer!

LA MARQUISE

Parlez I

LA NIÈCE

Depuis la mort de ma mère le repos et le bonheur ont fui loin de moi.

LA MAItQUISE.

Conunent! (se déionrnant) serai t-il possible? (Haut.) Poursui* ve«.

LA NIÈCE

Oh! vous allez me haïr, me repousser. Malheureux jour, où votre bonté même m*accabie !

&04 LE GRAND GOPHTE.

Là lUnQDISE.

Expliquez-vous !

LA. KIÈCE

Oh ! Dieu ! qu'il esl pénible d'avouer ce qu'un instant maudit nous fit envisager comme si doux ! Pardonnez-moi de l'avoir trouvé aimable; ah! qu'il était aimable! c'est le pre* mier homme qui me pressa les mains avec ardeur, dont les yeux cherchèrent les miens, qui me jura qu'il ni'aimait. Et en quel temps? au moment où mon cœur, froissé d'mie manière inexprimable par la perte la plus cruelle, se fondait en larmes a mères, et étiit devenu si tendre! lorsque dans le monde désert, à travers les nuages de la douleur, je n'apercevais autour de moi qu'absence et chagrin. 11 me parut alors semblable à un.ange; ThonAme que j'avais déjà respecté dans mon enfance, il me parut un consolateur. Il serra son cœur contre le mien. J'oubliai qu'il ne peut jamais de?enirmon époux... qu'il vous appartient... Le voilà dit mon secret I vous détournez de moi votre visage I haîss»éz-moi, je le mérite; repoussez-moi; laissez-moi mourir!

Elle se jette sur un siège.

LA MARQUISE, à part.

Séduite... par mon mari ! ces deux faits me surprennent, et viennent mal à propos! remet tons-nous! Loin de moi tout sentiment étroit! la question est de savoir si je ne puis pas mettre aussi à profit cettecirconstance. Sans doute. Oh ! elle sera désormais bien plus docile, et m'obéira aveuglément. Et cette découverte me donne en outre sur mon mari de nouveaux avantages. Pourvu que j'atteigne mon but, tout le reste m'est indifférent! (Haut.) Vtnez ma nièce. Remettez-vous. Vous êtes une bonne, une digne enfant. Je pardonnne tout. Venez! baissez votre voile : nous allons sortir en voiture; il but vous distraire.

LA IflÈCE, se levant et se jetant au cou de U marquise.

Chère et excellente tante, que vous me confondez!

LA MARQUISE

Vous trouverez en moi une amie, une confidente; seule-

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