‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 21 sur 390 · ACTE III. S · texte numérisé non relu

ACTE III. S

ORESTE

QuslIeToix! quelle voix! Tu veux donc ma perte? Est-ce one divinité vengeresse qui se cache en toi? Qui es-tu, toi doDt la voix me remue si terriblement le cœur jusque dans ses profondeurs?

IPHIGÉNIB.

I^ profondeurs de ton cœur te disent, Oreste : c'est moi; vins Iphigénie; je vis !

ORESTE

Toi!

IPHIGÉNIE

Mon frère 1

ORESTE

Fuis! retire-toi! Je te conseille de ne point toucher les boucles de mes cheveux. Un feu inextinguible émane de moi comme de la robe nuptiale de Creuse. Laiss&-moi! comme Hercule, je veux, indigne, concentrer en moi Tignominie et la mort.

IPHIGéNIE«

Non, tu ne périras pas ! Ah ! si je pouvais seulement t'entendre prononcer une parole calme ! De grâce, éclaircis mes doutes, laisse-moi m* assurer d'un bonheur que j'ai imploré si longtemps. Un cercle de joie et de douleur tourne autour de mon âme; un sentiment de crainte me fait fuir l'étranger, mais mon cœur m'entraîne invinciblement vers mon Irère.

Est-ce ici le temple de Bacchus, et un indomptable et saint transport s'empare-t-il de la prêtresse?

IPHIGÉNIE

Oh ! écoute-moi, regarde-moi ; vois comme après si longtemps mon cœur s'ouvre à la plus douce félicité que le monde puisse encore m'accorder, celle de baiser ta tête et de l'entourer de mes bras, habitués à n'embrasser que les airs. Ah ! laisse-moi, laisse-moi parler ! car l'éternelle source qui jaillit du Parnasse et, sautant de rochers en rochers, va bouillonner dans le vallon doré n'est pas plus pure que la joie qui

coule de mon cœur et que la mer de félicité qui m'environne, Oresle! Oreste! mon frère!

ORESTB.

Belle nymphe, je ne me fie pas à toi ni à tes caresses. Diane veut des ministres austères, et venge son sanctuaire profané. Éloigne ton bras de ma poitrine, et, si tu veux sauver un jeune homme, l'aimer et lui olîrir le bonheur, tourne ton affection du côté de mon ami ; il eu est plus digne que moi. 11 erre au milieu de ces rochers ; cherche à le découvrir, montre-lui la bonne route, et épargne-moi.

IPHIGÉME.

Remets-toi, mon frère, et reconnais ta sœur retrouvée. Ne reproche pas à une sœur la pure joie du ciel comme un désir punissable et inconsidéré. 0 dieux! dissipez le délire qui obscurcit ses yeux, et que le moment du plus grand des bonheurs ne nous rende pas triplement misérables ! La voilà, tst sœur si longtemps perdue. La déesse m'a arrachée de Tautet et m'a donné un asile ici, dans son propre sanctuaire. Tu es prisonnier, destiné au sacrifice, et tu trouves ta sœur dans la prêtresse.

ORESTE

Infortunée! Ainsi le soleil veut donc voir les dernières calamités de notre famille ! Electre n'est-elle pas ici, afin quelle tombe aussi avec nous dans l'abîme, et qu'elle ne prolonge pas sa vie pour un destin plus rigoureux et de plus grandes souffrances? Tout va bien, prêtresse, je te suis à l'autel : le fratricide est passé en coutume dans notre vieille race, et je vous remercie, ô dieux ! d'avoir résolu de m'exterminer tandis que je suis sans enfants. Toi, crois-moi, ne prends pas trop à cœur le soleil et les astres; viens, suis-moi au sombré empire! Semblable à ces dragons sortis des marais sulfureux qui étouffent leur couvée, notre famille furieuse se délruit el/emême. Innocente et sans enfants, descends avec moi dans l'abîme! Tu me regardes d'un œil attendri! Arrête! c'est avec de semblables regards que Glytemnestre cherchait une route vers le cœur de son fils; et pourtant le bras était levé et a frappé la poitrine. Clytenmestre est tombée! — ParaJSf

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