ACTE
nom sous lequel lunivers le connaît en ce moment. 0 aveugles! ô êtres impassibles! depuis près d'une année je ne sors pas de votre compagnie, j*entretiens votre ignorance, je vivifie votre esprit engourdi, je fais mainte allusion au Grand Cophte, je vous produis les signes les plus intelligibles, et aucune lumière ne brille à vos yeux ; vous ne soupçonnez pas que vous avez constamment devant vous l'homme même que vous cherchez ; que vous recevez chaque jour de ses mains les biens après lesquels vous soupirez; que vous avez enfin plus à remercier qu'à demander. J'ai cependant pitié de votre esprit grossier ; je descends jusqu'à votre faiblesse. Voyez-moi donc dans ma magnificence; que vos yeux me reconnaissent, si votre cœur m'a méconnu ; et, si le pouvoir que j'ai exercé survosâpes a laissé votre foi chancelante, croyez donc maintenant aux prodiges que j'accomplis, non sur vous, mais en votre piésence.
LE CHANOIKE, à part.
Je reste stupéfait.
LE CHEVALIER, à part.
Je suis muet.
Là marquise, à part.
Son impudence surpasse mon attente.
LE MARQUIS, à part.
Je SUIS curieux de voir où tout cela doit aboutir.
LE COMTE
Vous demeurez frappés de surprise; vous baissez les yeux; vous osez à peine me regarder. Tournez vers moi vos visages; fixez sur moi vos yeux avec confiance et amitié; baninsséz toute crainte, et élevez votre cœur. Oui, vous avez devant vous l'homme qui, aussi vieux que les prêtres égyptiens, aussi sublime que les sages des Indes, s'est formé dans le commerce des plus grands hommes que la terre admire depuis des siècles; qui est élevé au dessus de tous les rangs, n'a besoin d'aucune richesse, et fait secrètement le bien que le ïïionde attribue à diverses causes; qui vit dans la société mys- ^rieuse d'honunes répandus sur toute la terre, plus ou moins n. 28
326 LE GRAND GOPHTE.
semblables entre eux, et qui se montrent rarement en per sonne, souvent par leurs œuvres.
LE CHAlfOniE.
Est-il possible que tu aies des semblables?
LE COMTE, montrant le eiel.
Tout trouve son semblable, excepté un seul.
LE CHEVALIER
Quelle pensée sublime !
LA MARQUISE, à part.
Quel coquin! il mêle à ses mensonges les choses les plus jacrées.
LE COMTE
Oui, regardez ici : te soleil le plus ardent, la neige la plus mordante, ne peuvent rien sur cette tête. En étendant ce bras désarmé, j'ai, dans les déserts de la Libye, arrêté un lion affamé et rugissant ; cette voix qui vous parle l'a forcé de venir à mes pieds apporter ses caresses; il reconnut son maître, et je pus ensuite l'envoyer à la chasse, non pas pour moi qui abhorre les mets gu on obtient par le sang et fais à peine usage des aliments terrestres, mais pour mes élèves, pour les peuples qui s'assemblaient souvent, dans les déserts, autour de moi. J'ai laissé le lion à Alexandrie : à mon retour en cette ville, je trouverai en lui un compagnon fidèle.
LE CHANOINE
Les autres maîtres de ta société ont-ils reçu du ciel des dous ^ussi précieux que toi?
LE COMTE
Les dons sont diversement partagés; nul ne peut dire qu'il Koit le plus grand.
LE CHEVALIER
Le cercle de ces grands hommes est-il limité, ou peut-on être admis à leur nombre?
LE COMTE
C!ette faveur serait possible à beaucoup, mais elle réu6sit à peu; les obstacles sont trop grands.
LE CHANOINE
Pour que ton apparition ne nous rende pas plus malheu-