‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 228 sur 390 · LA FISMME DE CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA FISMME DE CHAMBRE

C'est un habit que vous m'ayez ordonné de porter au tailleur.

LA NIÈCE

Bon; tâdïe qu'il me le rende, s'il est possible, demain ou après-demain. (La femme de chambre sort.) Maintenant me voici babillée comme ma tante Ta ordonné. Que peut signifier ce nouvel artifice? Si je réfléchis à ce qui m'est arrivé aujourd'hui, j'ai tout à craindre. Â peine suis-je remise de cette scène eflrayante, et déjà l'on exige que je change de vêtements; même, si mes yeux ne me trompent pas, cet habit est semblable à celui de la princesse, que j'ai décrit. Le chanoine aime la princesse, et c'est moi qui dois la représenter. Dans quelles mains suis-je tombée? que dois-je attendre? Quel cruel usage fait ma tante de la confiance que je lui ai si étourdiment témoignée! Malheur à moi! je ne vois personne vers qui me tourner. Les sentiments du marquis sont maintenant clairs pour moi. C'est un homme vain, imprudent et léger qui ma rendue malheureuse, et consentira bientôt à ma perte pour se déCaire de moi. Le chanoine n'est pas moins dangereux. Le comte est un trompeur. Âh! le chevalier serait le seul à qui je pourrais avoir recours. Sa figure, sa conduite, ses sentiments m'ont fait voir en lui un jeune

534 LE GRAND GOPHTB.

homme actif et sûr; et je ne lui ai pas été, |e crois, indiflerenie. Hais liélas! trompée par la scène impudente et mensongère des esprits, il me regarde comme une créature digne de la plus grande vénération. Qiie dois-je lui avouer? que dois-je lui confier? Advienne que pourra, je veux tenter cette chance. Qu'ai-je à perdre? ne suis-je pas, dans ce peu d'heures, arrivée jusqu'au désespoir. Quoiqu'il en puisse résulter, je vais lui écrire. Je le verrai; je me conGerai à lui. Cet homme généreux peut me blâmer, mais non me repousser. 11 me cherchera un asile. Un cloître, une pension seront pour

moi un séjour agréable. (Elle pkrle et écrit à mesure.) « Une fille

infortunée qui a besoin de votre secours, et dont vous ne concevrez pas une opinion défavorable, parce qu'elle a confiance en vous, vous demande pour demain matin un quart d'heure d'entretien. Tenez-vous dans le voisinage; je vous ferai dire si je suis seule. La triste position dans laquelle je me trouve» me force à cette démarche équivoque. » Le sort en est jeté. Le petit Jack sera bien, je pense, un messager fidèle. (EUe n

k la porte et appelle.) Jack !

Page 1