ACTE T
LE GHANOIHB.
Ne parlez point, ô déesse; c'est assez de votre prés^nce. Quand vous m'échapperiez de nouveau, le souvenir de cet instant délicieux ferait mon bonheur à janiais. Le monde est plein de vos mérites; votre beauté, votre esprit, vos vertus ravissent tout l'univers. Vous êtes comme une divinité qu'on n'approche que pour la supplier et lui demander l'impossible Et moi aussi, princesse
LA NIÈCE
Ah! levez-vous, monsieur.
LE CHANOINE
Ne m'interrompez pas. Et moi aussi, je viens, non vous prier, mais vous remercier du miracle divin par lequel vous avez sauvé ma vie.
LA NIÈCE se levant
Cest assez.
LE CHANOINE tonjours à genoux et la retenant.
Oui, c'est assez de paroles ; trop de paroles. Pardonnez-moi : les dieux eux-mêmes pardonnent quand nous les prions avec des paroles convenables, quoiqu'ils connaissent depuis longtemps nos besoins et nos vœux. Pardonnez à mes paroles. Héla&i rhorome aurait-il autre chose à donner que des paroles, s'il ne voulait donner que ce qui lui appartient vraiment? Vous donnez beaucoup à vos sujets, grande princesse; pas un jour ne s'écoule qui ne soit marqué par vos bienfaits; mais, je puis dire en cet heureux moment, que je suis le seul qui aie reçu votre faveur à un si haut degré, le seul qui puisse se dire : a Elle t'accorde ton pardon d'une manière qui t'élève plus que jamais tu n'aurais pu tomber. Elle t'annonce ses bonnes grâces d'une manière qui est l'éternel gage de ses sentiments. Elle fait ton bonheur, le consolide, l'éternisé, tout cela en un moment. »
LA NIÈCE fait un mouvement en avant qui oblige le dianoine à m
lever.
Éloignez-vous ; on vient. Nous nous reverrons.
Elle a tendu la main au chanoine pendant qu'il a'eat relevé, et laissé la rose
dans ses mains en se reculant.
354 LE GRAND GOPHTE.
LB CHAHOINE.
Oui, maintenant je veux fiiir, je veux résister an brûlant
désir qui me pousse i la'témérité. (If s*approcbe d'elle Tivement et
recule aussitôt.) Non, ne Craignez rien; mais laissez-moi eiprimer ce que je sens; car le reste de ma vie dépend de votre volonté. Je puis tout avouer, parce que j'ai sur moi-même assez d'empire pour affronter un si délicieux moment. Barniissez-moi pour jamais de votre présence, si vous m'enlevez l'espérance de me reposer un jour dans ces bras, de tous les tourments justes et injustes que j'ai souiferts. Prononcez on seul mot.
n la prend par la main.
LA. NlàCBy lui pressant la main.
Tout, tout ; mais maintenant éloignez-vous.
LE CHANOINE, lui baisant les mains.
Vous me rendez le plus heureux des hommes, ^égaex sur moi sans partage.
Deux cors se font entendre dans râoignement, et produisent ensemble la plus agréable cadence. Le chanoine, pendant ce temps, reste la bouche collée sur les mains de la nièce.