‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 251 sur 390 · ACTE T · texte numérisé non relu

ACTE T

LE MARQUIS embrasse sa nièce et l'attire de son cdté.

Par ici, charmante enfant; venez avec moi. Ma voiture est devant cette porte.

LA NIÈCE tremblante.

0 Dieu, que deviendra tout ceci ?

LA MARQUISE, saisissant sa nlàce.

Que signifie cela, marquis? Etes-vous fou?

LE MARQUIS

Point de bruit : cette jeune ûlle m'appartient. Abandonnezmoi cette adorable créature pour laquelle j'éprouve le plus ardent amour, et je vous promets, en revanche, d'exécuter fidèlement tout ce que vous m'avez recommandé. Je part pour l'Angleterre, je soigne vos intérêts; nous vous attendons là, et vous y faisons le meilleur, le plus gracieux accueil ; mais laissez-moi cette jeune fille.

LA MARQUISE

Gela n'est pas possible. Suivez-moi ma nièce. Que répondez-vous à la témérité de mon mari? Parlez : êtes-vous d'intelligence avec lui?

LA NIÈCE tremblante.

Matante

LE MARQUIS, continuant à l'attirer de son cdté.

Avouez-le-lui ; point de dissimulation : c'est un plan con* certé; venez; point de résistance, ou je fais du bruit, et suis^ capable, dans mon désespoir, de nous trahir tous.

LA MARQUISE

Affreux ! Affreux ! Je suis perdue !

Les cors font entendre une sonnerie, et se taisent de nouveau. LE COLONEL, qui ramène le chanoine et est suivi de deux Suisses»

Par ici, monsieur, par ici.

LE CHANOINE

De quel droit osez-vous m'arréter ? Cette promenade n'estelle pas libre à tout le monde?

LE COLONEL

Aux promeneurs, oui, mais non pas aux malfaiteurs. Vous n'échapperez pas; rendez-vous de bonne grâce.

LE CHANOINE

Me croyei-Tous sans armes?

l\ taiiit dans m poche un pif tolet qu'il présente au eoMieiL

LE COLONEL

Serrez celte arme. Vous pouvez tirer sur moi, mais non sortir de ce jardin : toutes les avenues sont occupées; nul ne peut sortir. Abandonnez-vous au destin que vous êtes venu chercher de vous-même.

LA MARQUISE, qui pendant cet entretien est demeurée attentive et a

recueilli ces paroles.

Quelle arrivée inattendue ! Venez de ce côté. Si nous ne sommes d'accord, nous nous perdrons tous ensemble, (u marquise, le marquis et la nièce veulent se retirer du côté par où ils sont entrés; deux Suisses leur barrent le passage.) C'en est fait de DOUS*

LE MARQUIS

Nous sommes trahis!

LA NIÈGB.

Je suis perdue!

LE CHANOINE qui, en ce moment, vient se placer à côté de la nièce.

ODieu!

LE COLONEL

Que personne ne bouge. Vous êtes tous mes prisonniers.

LE CHANOINE, montrant la nièce.

Et cette dame aussi?

LE COLONEL

Certainement.

LE CHANOINE

Mon malheur est si grand, que je ne puis y arrêter ma pensée.

LE COLONEL

Pas si grand que votre imprudence.

LE CHANOINE

Je consens à essuyer tous les reproches, à supporter tout ce que la justice offensée peut imposer de peines; je vous suis; traînez-moi dans un cachot si cela vous est ordonné; seulement respectez cet être plus qu'humain. Cachez, niei ce que vous avez vu; imaginez d'autres circonstances; vous

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