‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 299 sur 390 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

I4E BAILLI entré et regarde autour de lui s'il n*y a penonne; LOUISE

vient d'un autre cdlé. '

LE BAILU.

Bonjour, mademoiselle; peut-on parler à Votre Excellence? Puis-je mettre à vos pieds mes très-humbles dévolions?

LOUISE

Attendez un moment, monsieur le bailli, madame la comtesse ne va pas tarder à sortir. Les fatigues du voyage et TeiTroi qui Ta saisie à son arrivée Tout obligée de prendre un peu de repos.

LE BAILLI

Je la plains de tout mon cœur ! Après une si longue absence, après un voyage si pénible, trouver son fils chéri dans un état si affreux ! J'avoue que cela m'épouvante lorsque j'y pense. Son Excellence a été en grand danger.

, ■ LOUISE

Vous pouvez vous imaginer ce qu'une mère tendre et craintive dut éprouver, lors(ju*elle descendit de voiture, entra dans la- maison, et y trouva tout en désordre; et que, demandant .des nouvelles de son fils, elle s'aperçut, à l'hésitation de la réponse, qu'il lui était arrivé un malheur.

* LE BAILLI

Je la plains du fond de mon âme; que fites-vous alors?

LOUISE

Nous fûmes obligés de tout dire pour éviter qu'elle ne crût le malheur plus grand. Nous la conduisîmes chez l'eu-

452 LES RiVOIiTËS.

fant qui était couché, la tète bandée et ses habits tachés de sang. Nous n'avions pu que lui poser les bandages, mais sans le déshabiller.

LE BAILLI

^ Ce devait être un affreux s^jeclacle.

LOUISE

Elle y jeta un regard, poussa un grand cri et tomba évanouie dans mes bras. On ne put la consoler lorsqu'elle revint à elle, et nous eûmes toute la peine du monde a lui persuader que Tenfaut 8*élait seulement fait une forte bosse en tombant, qu'il avait saigné du nez et qu'il ne courait aucun dauger.

LE BJULU.

Je ne voudrais pas être le magister qui négb'ge ainsi ce cher enfant

LOUISE

Je fus étonnée de la modération de la comtesse, surtout parce qu'il parlait de cet accident plus légèrement qu'il ne convenait dans le moment.

LE BAILLI

Elle est beaucoup trop douce, trop indulgente.

liOUISE.

Hais elle connaît son monde et s'aperçoit de tout; elle sait distinguer celui qui la sert sincèrement et fidèlement de celui qui n'est qu'en apparence son iiumble serviteur; elle connaît les négligents aussi bien que les hypocrites, les iiQprudents tout comme les méchants.

LE BAILLI

Vous n'en dites pas trop : c'est une excellente dame; mais, justement à cause de cela, le gouverneur méritait d'être chassé.

LOUISE

En tout ce qui touche le sort de l'homme, elle agit avec lenteur, comme il convient au puissant.* Rien de plus terri' ble que la puissance jointe à la précipitation.

LE BAaLI.

Mais la puissance et la faiblesse vont également fort w^ ensemble.

liODISB.

Vous ne reprocherez pas à la comtesse d'être faible.

LB BAILLI

Dieu préserve d'une telle pensée un ancien et fidèle serviteur ! mais il est néanmoins permis, pour l'avantage de sa seigneurie, de souhaiter qu'elle se montre quelquefois un peu plus sévère à Tégard de certaines gens qui demandent à être traités sévèrement.

LOUISE

Madame la comtesse!

Louise sort

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