ACTE I
propice n'étend-elle pas ses ailes sur l'armée, et même ne roJe-Nelie pas en avant de nos guerriers? Chacun ne jouit-ii pas d un meilleur sort depuis que le roi, qui nous gouverna ^ longtemps par la sagesse et le courage , a appris aussi de ioi la douceur et la clémence, et nous a rendu plus faciles les deroii's de la silencieuse obéissance? DiraS'tu que tu es inutile, lorsque ta présence répand le bonheur sur des milliers d'hommes, que tu deviens pour le peuple auquel un dieu ta envoyée réternelle source d'une félicité nouvelle, et que sur ee rivage mortel et inhospitalier tu ouvres k Tétranger que lu sauYesle chemin de sa patrie?
' IPUIGÉNIE.
Ce qui est fait semble bien peu de chose devant tout pe qui reste à faire.
ARCÂS.
Loues-tu donc celui qui n'apprécie pas ce qu'il fait?
IPHIGÉI9IE.
On blâme celui qui pèse la valeur de ses actions.
ARCÀS.
Et celui qui, trop fier, ne les estime pas ce qu'elles valent réellement, toul aussi bien que celui qui, trop vaniteux, en rehausse faussement le prix. Crois-moi, écoute un homme qui t'est fidèlement dévoué; si aujourd'lmi le roi s'entretient avec toi, n'arrête point sur ses lèvres l'expression de sa pensée.
IPHIGÉMIE.
Tu m'affliges en voulant me persuader; déjà souvent j'*i 3udè avec peine ses propositions.
ARCAS
Réfléchis à ce que tu feras et à ce qui t'est vraiment utile. Depuis que le roi a perdu son fils, il ne se livre qu'à un petit nombre des siens, et aujourd'hui moins qu'autrefois. Il regarde d'un œil jaloux tous les enfants nobles; il croit voir dans chacun d'eux son successeur. 11 craint une vieillesse solitaire sans consolation, peut-être une audacieuse révolte et une mort prématurée. Le Scythe ne connaît point dans ses discours le choix des paroles, et le roi moins que tout autre. Habitué à commander et à agir, il ignore Fart de ménager
de loin un entretien conforme à ses vues; ne le lui rends pats pénible par la réserve et l'hésitation, et en feignant à des* sein de ne pas le comprendre : fais au moins la moitié di:i chemin.
IPHIGÉNIB.
Dois-je hâter le. coup qui me menaoe?
ÀRCAS.
Donneras-tu le nom de menace à la démarche qu'il fait
près de toi?
IPHIGÉNIE
C'est pour moi la plus terrible de toutes.
ABCAS.
Âccorde-lui au moins ta confiance en retour de sa ten»
dresse.
IPHIGÉNIE
Il faut d'abord qu'il délivre mon âme de la crainte*
àrgàs.
Pourquoi lui dissimuler ta naissance?
IPHIGÉNIE
Parce que le mystère sied à une prêtresse.
ARCAS
Pour le roi rien ne devrait être un mystère ; et, quoiqu'il n'exige pas la vérité, il sent néanmoins, et il sent profondément dans sa grande âme que tu t'enveloppes à ses yeux.
IPHIGÉNIE
Serait-il donc irrité contre moi?
ARCAS
On le dirait presque; il parle peu de toi; cependant quelques mois échappés au hasard m'ont appris que son âme a formé rirrévocable vœu* de te posséder. Je t'en conjure, ne l'abandonne pas à lui-même : crains que le chagrin ne s^a* masse dans son cœur et ne te remplisse un jour d'eflroi, pour avoir pensé trop tard à cet avis fidèle.
IPHIGÉNIE
Eh quoi I une idée que l'homme ami des dieux ne doit point concevoir, le roi Ta-t-il conçue? Songe-t-il à m'arracher de cet autel pour me jeter dans son lit? Eh bien! j'invoque