ACTE IV
notre service, et Brème et tous les braves gens se rangeront autour de lui.
LE MAGISTER
Gomment êtes-vous venu à bout de savoir tout cela sans rien laiser transpirer de vos desseins?
BRÊHE.
11 faut faire beaucoup d'ouvrage avec peu de bruit, pour surprendre son monde. (i\ se met à la fenêtre.) Que le conseiller s*en aille seulement, et vous verrez des miracles.
MARTIN, en montrant Brème.
Hé, dites donc, quel homme!
ALBERT
Il donne du courage.
BREME
Mon cher magister, les droits que vous avez acquis cette nuit à la reconnaissance publique ne resteront point sans eiïet. Nous travaillons aujourd'hui pour la patrie entière. C'est du sein de notre village que se lèvera le soleil de la Iil)erté. Qui l'aurait jamais cru !
LE MAGISTER
Ne craignez-vous aucune résistance?
BRÈME
l'ai déjà mis ordre à tout cela; on commencera par coffrar le bailli et les huissiers; le conseiller s'en va, les domestiques ne soufQeront mot; et le baron, qui est le seul homme au château, je l'attirerai chez moi par le moyen de ma fille, et je le tiendrai sous def jusqu'à ce que tout soit fini«
MARTIM.
C'est très-bien imaginé.
LE MAGISTER
J'admire votre prudence.
BRÈME
Bah, bah, si Toccasiôn se présente de la déployer, vous verrez bien autre chose, surtout dans le département des affaires étrangères. Allez, croyez-moi, il n'y a rien au-dessus d'un bon chirurgien, surtout si, par-dessus le marché, il est habile barbier. Le peuple imbédle se moque beaucoup des
barbiers, et il ne songe pas à l'adresse dont il faut être doaé pour raser quelqu^un sans Técorcher. Croyez-moi, vous disje,rien ne demande autant de politique que de faire la barbe aux ^ens, que d'ex lir)ier ces vils et barbares excréments de la nature, ces poils qui salissent cfiaque jour le menton humaÏB, et de rendre ainsi l'homme l'ait semblable, en forme comme en manières, à la femme et à l'adolescent imberbes. Si ja« mais je viens à coucher par écrit ma vie et mes opinions, on s'étonnera de me voir détinire de la théorie du rasoir toutes les règles po^sibles de conduite et de prudence.
LE UAGISTER.
Vous êtes une tête originale !
BRÈME
Oui, oui, je le sais bien, et c'est pourquoi je pardonne aux gens qui ne me comprennent point, ou qui sont assez stupiiles pour se vouloir moquer de moi. Un jour je leur prouverai que celui qui s'entend à faire mousser le savon, à promener la brosse d'ime main facile et légère jusqu'à rentier amollissement de la barbe la plus rude; que celui qui sait qu'un rasoir fraîchement repassé déchire tout aussi bien qu'un rasoir émoussé; que celui qui rase dans le sens delà burbe ou à rebrousse poil comme s'il n'y avait ni poils ni barbe, donne à l'eau chaude la température convenable pour laver, essuie avec giâce, et laisse voir enûn dans toute sa personne quelque chose d'élégant ; je leur prouverai qu'un tel homme, loin d'être un homme ordinaire, ne peut pas ne pas posséder toutes les qualités qui font honneur à un ministre.
ALBERT
Oui, oui, il y a barbier et barbier.
MARTIN
Et vous, monsieur Brème, vous avez une vocation toute particulière.
BHÊME.
Bah! laissez faire, on vous le montrera. Dans cet art il n'y a rien d'insignifiant : la manière de tirer et de rentrer la trousse, la manière de tenir les instruments, de les porter sous le bras; vous entendrez, vous.dis-je, et vous verrez des