‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 336 sur 390 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

cette foule, le petit nombre de ceux qui sont créés pour la dominer par leui'S actes, leur situation, leur pouvoir, est encore plus important. Si la naissance a appelé le roi à être roi, elle a aussi appelé ses plus proches parents à élre set conseillers naturels, qui, par leur union avec lui, devraient proléger le ropume et le rendre heureux. Oh ! plût au ciel que la discorde au visage feint, à la démarche sourde, ne se glissât jamais dans les hautes régions, parmi les conseils de ces chefs! Noble nièce, je te donne un père par ma parole toute-puissante et royale : conserve-moi, gagne-moi le cœur et la voix de celui qui te tient de si près. Un prince a beaucoup de contradicteurs, ne le laisse pas renforcer ce parti.

LE DUC

De quel reproche tu affliges mon cœur !

EUGBlflE.

Tes paroles sont incompréhensibles pour moi.

LE ROI

N'apprends pas à les comprendre trop tôt. Je t'ouvre de ma propre main les portes de notre maison royale, je t*amène sur les payés de marbre poli ; tu admires tout csncore, et tu ne présages dans Tintérieur qu'une dignité tmnquille et le bonheur. Tu tiouveras autre chose. Oui, tu es venue dans un temps où ton roi, lorsqu'il célébi era )c jour qui lui donna la vie, ne t'appellera pas à une fête sans nuage. Cependant ce jour me sera agiéable à cause de toi; je te verrai en public, au milieu de notre cercle, et tous les yeux seront fixés sur toi. La nature t'a donné la plus belle parure; laisse à ton roi et à ton père le soin de t'omer connue il convient à une prineesse.

EUGÉNIE

Les cris inarticulés du saisissement, les gestes les plus expressifs, pourraient-ils peindre la joie dont tu viens d'inonder mon cœur? Seigneur, permets-moi de me mettre à tes pieds sans pouvoir rien t'exprimer.

Elle veat s'agoDouiller.

LE ROI, la retenant.

Tu ne dois pas t'ageuouiller.

Ab I hisse-moi jouir du bonheur d'un abandon parbit. Lorsque, dans des moments rapides et pleins d^entbousiasme, nous nous redressons en nous affermissant sur nous-mêmes comme sur notre propre soutien, gais, confiants, alors la terre et ie ciel semblent nous appartenir. Cependant ce qui fait ployer les genoux dans un moment de ravissement est aussi un sentiment doux; on exprime mieux, dans cette position, ce qu'on peut offrir en pur sacrifice de gratitude et d'amour à son père, à son roi, à son Dieu.

EUe tombe anx genou du loi.

LE DUC 0^ M met aussi à genoux.)

Permets-moi de te renouveler mes hommages.

EUGÉNIE

Reçois-nous pour tes vassaux à jamais.

LE ROI

Relevez-vous, et placez-vous près de moi dans le cœur des fidèles qui, à mes côtés, protègent constamment le bien. Ce temps a des signes effrayants; les inférieurs s'élèvent, les supérieurs s'abaissent, comme si chacun ne pouvait trouver l'accomplissement de ses vœux insensés qu*en prenant la place des autres, et ne se sentir heureux que lorsqu'il n'y aura plus de distinction, et lorsque, confondus, nous serons tons entraînés d'un même cours vers l'Océan, sans laisser de traces après nous. Ah! résistons avec courage et redouUims d'efforts pour conserver ce qui peut nous sauver, nous et notre peuple ; oublions les différends qui du dedans excitent le puissant contre le puissant et percent le navire, qui ne saurait résister aux vagues du dehors qu'en luttant avec force contre elles.

EUGÉNIE

Quelle nouvelle et bienfaisante lumière m'éclaire et me dirige au lieu de m'éblouiri Eh quoil notre roi nous estime assez pour nous avouer ce qu'il attend de nous, et nous ne sommes plus simplement*ses parents; sa confiance nous élève à remploi le plus sublime. Lorsque les nobles de son royaume fie pressent autour de lui pour protéger son sein» il nous de-

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