ACTE Iir
de nouTellcâ pcinjes, lorsque aucun but chéri ne s'offre pour récompense. Je n'avais qu'à la voir, et je possédais, et j'acquérais encore avec joie, pour lui créer un petit royaume heureux et tranquille ; alors j'étais calme, ami de tous les hommes, serriable, actif, prompt au conseil et à l'action. On chérit son père, on le remercie, me disais-je, et un jour on saluera la tille comme une digne amie.
l'abbé.
Tu n'as plus de temps à donner à des soins aussi doux ; d'autres soins te réclament. Te le dirais-je, moi, le dernier de tes serviteurs? dans ces tristes jours, tous les regards se tournent avec inquiétude vers ton mérite rare et ta haute puissance.
LE DUC
Celui-là seul qui est heureux peut se sentir du mérite et du pouvoir.
l'abbé.
Les atteintes brûlantes d'une si profonde douleur font sentir vivement l'importance de tels moments; pardonne-moi cependant si j'ose te dire, d'une bouche confiante, quelle fermentation bouillonne au-dessous de nous, et combien est chancelant le pouvoir qui doit la dominer. Tout le monde ne voit pas cela; mais pour toi, cela doit être plus appréciable qu'à la foule à laquelle j'appartiens. Ne crains pas de saisir, pendant l'orage qui nous menace, le gouvernail mal dirigé. Pour le bien de ton pays, écarte ta douleur; autrement mille pères pleureront comme toi leurs enfants, et des milliers d'enfants qui ne trouveront plus leurs pères, des milliei'S de mères dans l'angoisse, feront retentir de leurs cris les murs de leurs cachots. Immole tes douleurs et tes chagrins sur l'autel du bien commun; tous ceux que tu sauveras deviendront tes enfants et remplaceront celle que tu as perdue!
LE DUC
N'évoque pas de ses affreux répaires ce troupeau compacte de spectres qui se jettent rapidement et comme par magie entre ma fille et moi. Elle n'est plus, la puissance enivrante qui berçait mon esprit de si doux rêves. La réalité me presse
53G Là fille naturelle.
et menace de ro*écraser de son poids éiionne. Allons, sortons dn monde ! Si l'habit que tu portes ne me trompe pas, conduis-moi 811 couvent, séjour de pénitence, et lais>e-m*y, pour que la vie qui m^'est à charge s*écoule dans le silence et l'humiliation.
l'abbé.
Bien qu'il ne me convienne guère de t*appe1er au monde, j'ajouterai encore avec fermeté d'autres paroles. Ce n'est pas dans le tombeau, ni près du tomlteau, qu'un homme plein de grands sentiments doit consumer ses d4irs. 11 rentre en luimême, et y retrouve avec étounement ce qu'il avait perda.
LE DUC
Le désir de la possession se conserve dans sa force, tandis que ce qui est perdu s'éloigne toujours davantage ; c'est là le tourment coniinuei que souffre le corps à rendroit des membres qu'il a perdus. Une existence divisée, qui peut la réunir! Anéantie, qui peut la faire revivre?
La force d*esprit, de l'esprit deThomme, à qui Ton ne saurait ravir le mérite dont la nature l'a doué. Eugénie vit encore pour toi; elle vit dans ton cœnr qu'elle animait jadis, auquel elle faisait vivement sentir la vue d'un beau site; son souvenir chéri te préserve de tout ce qui est vulgaire ou mauvais, et que chaque heure peut t'offrir; son mérite éclatant te garantit de tout le faux brillant qui peut*t'éblouir. Que sa force t'anime; rciids-lui ainsi une vie indestructible, que rien an monde ne pourra plus t'enlever.
LE DDG.
Que la triste et sombre rêverie m'enlace de ses réseaux funèbres! Reste auprès de moi, image adorée, éterneremeut belle, éternellement la même ! Que ses yeux brillants nréclairent toujours de leur pure lumière ! qu'elle plane devant moi partout où je vais, et me conduise à travers le labyrinthe de ce monde. Ce n'est pas un fantôme que je vois. Tu fus, tues encore. La Divinité t'avait conçue parfaite et montrée telle â nos yeux. Tu es devenue une partie de l'infini, de l'éternité; tu m'appartiens pour toujours-