‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 383 sur 390 · ACTE Y. WJ · texte numérisé non relu

ACTE Y. WJ

sans justice et sans jugement, aucune main ne s'arme en ma faveur, les saints asiles me sont fermés, et nul ne veut faire un seul pas pour Tamour de moi. L'exil!... le poids effrayant de ce mot m'oppresse ; je me sens déjà retranchée du corps des vivants, comme un membre flétri et corrompu. Je ressemble à celui qui est plongé dans un sommeil létfiargique, dont les sens sont paralysés, mais qui garde encore la conscience de sa vie, et se trouve le témoin muet et impuissant de la sépulture qu'on lui prépare. Terrible nécessité! Mais quoi! un choix ne m'est-il pas laissé? Ne puis-je pas accepter la main du seul homme qui m'ait généreusement offert son secours? Je le puis ; mais ma naissance et tout ce qui m 'élevait aux yeux des autres. . . faut-il tout perdre, renoncer à tout espoir de briller un jour? Non, je ne le puis. Que plutôt la fatalité me saisisse de sa main de fer... Sort aveugle, emporte-moi!... La volonté qui flotte incertaine entre deux maux est pire que

le mal lui-même. (La gouvemaute passe derrière elle, suivie de gens

qui portent les bagages.) Lcs void qui viennent et qui emportent tout ce que je possède, le reste des richesses qui m'appartinrent un jour. Me dérobe-t-on aussi cela? On l'enlève, et moi je suivrai bientôt. Un vent favorable tourne le pavillon du côté de la mer, et les voiles vont s'enfler. La flotte quitte le port, et avec elle le vaisseau qui doit m'em mener, moi, infortunée! On s'avance, on me dit de monter à bord... Dieu! le ciel est-il donc d'aiiain au-dessus de moi, que mes cris de douleur ne peuvent le pénétrer? Eh bien! je partirai; mais le ▼aisseau ne me tiendra pas captive dans ses cachots ; la planche qui doit m'y conduire sera mon premier pas vers la liberté. Alors, que les vagues me reçoivent dans leur sein; j'irai, portée par elles, chercher au fond de leurs abîmes le repos de la tombe ; et, quand je n'aurai plus rien à craindre de l'injustice de ce monde, qu'elles poussent mon pâle cadavre vers le rivage, pour qu'une âme pieuse puisse me creuser un tombeau sur le sol chéri de ma patrie ! (Elle fait quelques pas.) Allons! (Elle s'arrête.) Mon pied ne veut-il plus obéir? Qu'est-ce donc qui enchaîne mes pas et me retient ici? Misérable amour d'une vie sans dignité, tu me rappelles à de rudes combats. L'exil, u. 4S

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h mort, le déshonneur, m'entourent et se disputent ma dépouille ; si je me détourne de l'un avec horreur, l'autre anasitAt KO présenteà moi, et me raille d'un sourire infernal. Il n'y a donc aucun moyen, ni humain, ni divin, de me délivrer de cette torture multiple? Oh! si une seule parole favorable me venait par hasard du sein de cette multitude; qu'un oiseau, messager de paix, rasât ma tète d'une aile légère, et m'indidiqiiât ma route! je suivrais volontiers celle qu'il m'aurait tracée. Un signe, et je croirai, et j'obéirai aussitôt avec espoir et confiance au doigt de Dieu.

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