‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 44 sur 390 · SCÈNE VI IPfflGÉNIE, THOAS, ORESTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI IPfflGÉNIE, THOAS, ORESTE

IPHIGÉNIE

Avant que je parle, délivrez mon âme du souci qui l'agite. Je redoute une fatale querelle si tu n'écoutes pas, ô roi î la Qouce voii de l'équité, et si toi, mon frère, tu ne veux com- '^'^er à l'impétuosité de la jeunesse,

THOAS

•e retiens ma colère, comme il sied au plus âgé. Réponds- J^^) comment prouveras-tu que tu es fils d'Agaraemnon et ^ de la prêtresse?

ORESTE

Voici l'épée dont il frappa les braves défenseurs de Troie. J^I'ai enlevée à son assassin, et j'ai prié les dieux de me donner le courage, le bras et la valeur du grand roi, avec une ^ort plus belle que la sienne. Fais un choix parmi les chefs de ^Q armée et oppose-moi le plus vaillant. Partout où la terre

58 IPHIGËNIE EN TAURIDE.

nourrit des fils de héros, cette demande est accordée à fou étranger.

THOAS

Ici, l'ancien usage n'a jamais donné à l'étranger cette prérogative.

ORESTE

Eh bien, toi et moi nous fonderons cet usage nouveau! Un peuple suit l'exemple de ses chefs, et donne force de loi à leurs nobles actions. Souffre aussi que je ne défende pas notre seule liberté; laisse-moi, étranger, combattre pour tous les étrangers. Si je succombe, alors leur arrêt est prononcé avec le mien; mais, si j'ai le bonheur de triompher, que nul n'aborde plus ce rivage sans rencontrer l'œil empressé d'une amitié secourable, et que chacun s'éloigne consolé !

THOAS

Tu ne me parais pas indigne, jeune homme, des aïeux dont tu te fais gloire de descendre. Il est grand, le nombre des braves et vaillants guerriers qui m'environnent; cependant, à mon âge, je résiste encore moi-mênrfe à l'ennemi; je suis prêt à courir avec toi la chance des armes.

IPHIGÉNIE

Non, non, il n'est pas besoin de cette sanglante preuve, ô roi! Que vos mains ne s'arment point du glaive! pensez à moi- et à mon sort Les funestes combats immortalisent un homme, je le sais; lors même qu'il tombe, tous les chants célèbrent sa gloire. M^is les pleurs intarissables de ceux qui lui survivent, d'une femme délaissée, la postérité ne lef conipte point, et le poète ne dit rien des jours et des nuitf de larmes, durant lesquels une âme sensible s'épuise et s4 consume vainement à rappeler l'ami qu'elle a perdu, que Ji mort lui a subitement enlevé. Moi-même aussi une crainta secrète m'a tenue en garde contre l'imposture d'un brigand, qui aurait pu m'arracher de cet asile sûr, me trahir et me réduire en esclavage. Mais je les ai soigneusement interrogés; je me suis informée de chaque circonstance, j'ai exigé des

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