‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 45 sur 390 · ACTE T · texte numérisé non relu

ACTE T

agnes évidents, et maintenant mon cœur ne doute plus. Vois ici â sa main droite cette marque qui semble représenter trois étoiles; elle parut au jour de sa naissance, et le prêlre en tira le présage que celte main devait frapper un grand coup. Ce (\m me persuade ensuite doublement, c'est cette cicatrice qui lui partage à cet endroit les sourcils. Il était encore enfant lorsque Electre, avec sa vivacité et sa négligence ordinaires, le laissa tomber de ses bras; il se frappa la tête contre un trépied... C'est lui...

Faut-il encore te citer en témoignage la ressemblance avec nion pare, et enfin le cri de joie qui retentit dans mon cœur?

THOAS

Quand tes paroles auraient levé tous les doutes et dompté la colère dans mon sein, il faudrait toujours néanmoins que les aimes décidassent entre nous; je ne vois point de paix possio/e. Us sont venus, lu le reconnais toi-même, pour m'en- |j^er l'iiuage sacrée de la déesse. Croyez-vous que j'envisage Q€ sang-froid ce larcin? Souvent le Grec tourne son œil avide ^^rs les trésors lointains des barbares, leur toison d'or, leurs ^uevauxj leurs belles filles; mais la force et la ruse ne les ont P^ toujours ramenés heureusement dans leur patrie avec les «lens qu'ils avaient conquis.

ORESTE

^ roi! cette image sacrée ne doit pas être un sujet de dis- ^fde entre nous. Maintenant nous connaissons l'erreur dont ^ «lieu avait enveloppé notre esprit comme d'un voile, lors- ^^ nous ordonna de diriger nos pas vers ce lieu. Je le ^ï^Ppliais de me donner conseil, et de me délivrer de la pour- ^i^e des Furies : « Situ ramènes, dit-il, en Grèce, la sœur ^"' demeure contre son gré dans le sanctuaire au rivage de •»auride, alors la malédiction cessera. » Nous crûmes que ces Paroles s'appliquaient à la sœur d'Apollon, et c'est toi qu'il boulait dire! Les liens funestes sont maintenant rompus; tu es ^Ddue aux tiens, sainte prêtresse ! Dès que tu m'as touché, j'ai été guéri; c'est dans tes bras que le mal m'a saisi pour la der- ^'îire fois avec tous ses tourments et m'a terriblement ébranlé

Jusqu'à la moelle des os; ensuite, comme uu serpent, il s'est

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enfui dans sa caverne. Grâce à toi, je recommence à jouir maintenant de la vaste lumière du jour. Le dessein de ^ déesse se montre à moi dans toute sa grandeur et sa beauté. Comme une statue sacrée à laquelle le destin de TÉtat est invariablement attaché par un secret arrêt des dieux, elle Va enlevée, toi Tappui de la maison, et t'a conservée dans une sainte retraite pour le bonheur de ton frère et des tiens. Quand tout espoir de déFivrance semblait perdu sur la terre, tu nous rends tout ! — 0 roi ! que ton âme se laisse aller à des sentiments de paix ! n'empêche point qu'elle accomplisse â présent la consécration de la maison paternelle, qu'elle me rende à mon palais purifié, et place sur ma tête l'antique couronne ! En reconnaissance des biens qu'elle t'a apportés, laisse-moi jouir de mes droits ! Force et ruse, les deux sources de 'gloire des hommes, cèdent à la véracité de cette grande âme, et une pure et tendre confiance dans un homme noble et généreux ne demeurera pas sans récompense.

IPHIGÉNIE

Songe à ta promesse, et laisse-toi émouvoir par ce discours sorti d'une bouche loyale et sincère! Tu n'as pas souvent l'occasion d'agir aussi noblement. Tu ne peux nous refuser ce bienfait; accorde-le sans hésiter.

THOAS

Eh bien, partez!

IPHIGÉNIE

Non, pas ainsi, mon roi ! je ne te quitterai pas me'content, et sans recevoir ta bénédiction, Ne nous bannis point ! qu'un droit d'hospitalité amicale règne entre nous; alors nous ne serons point séparés pour toujours. Tu m'es cher et précieux comme l'était mon père, et cette impression ne s'effacera pas de mon âme. Si le moindre de tes sujets rapporte jamais à mon oreille l'accent que j'ai coutume d'entendre parmi vous; si je vois un infortuné porter le vêtement de votre nation, je veux l'accueillir comme un dieu, lui préparer moimême une couche, le placer sur un siège auprès du feu et ne l'interroger que sur toi et sur ton sort. Ah ! que les dieux ac-

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