‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 6 sur 390 · ACTE I. :t · texte numérisé non relu

ACTE I. :t

IPHIGÉNIE

Feureux celui qui aime à se souvenir de ses aïeux,- qui parle avec plaisir de leurs actions,, de leur grandeur, et qui, tranquille et content, se voit placé lui-même à ia fin de celte ^loneuse succession ! car qj& n est pas subitement qu'une race produit un demi-dieu ou un monstre; il faut une suite d*liomfflesdebien ou de méchants, pour qu'elle enfante le mallicur et la félicité du monde. — Après la mort de leur père, Atrée etThyesle régnèrent ensemble sur Mycènes; mais l'harmonie ne put durer longtemps entre eux. Bientôt Thyeste déshonore la couche de son fjrère ; Atrée, pour se venger, le cliassedeson royaume. Déjà Thyeste avait dans une intention cnminefte dérobé à son frère un fils qu'il avait élevé eu sefreieia?ec une apparence de tendresse, comme s'il eût été îesien. C'est alors qu'il remplit de rage et de vengeance le cœur de ce jeune homme, et l'envoie à la cour d'Atrée pour Çîtt il assassine son père en croyant frapper son oncle. Le projetés! découvert, et le roi punit cruellement l'émissîiire assas- ^0, pensant tuer le fils de son frère. Il apprend trop tard 'I«elle victime a succombé devant ses yeux trompés, et, pour satisfaire le besoin de la vengeance, il médite un crime inouï, w leinl d'être apaisé, réconcilié; il attire de nouveau son frère Thyeste avec ses deux fils dans son royaume, saisit les tttianls, les égorge, et au premier festin il sert à leur père ce Daets épouvantable. Puis, lorsque Thyeste s'est rassasié de ^û propre sang, qu'un pressentiment l'agite, il demande ses enfants et croit entendre à la porte de la salle les pas, la voix de ses fils; Atrée, avec un rire' infernal, lui jette la tête et les pieds des victimes. Tu détournes le visage, ô roi ! ainsi le soleil détourna le sien, et fit quitter à son char son éternelle roule. — Tels sont les aïeux de ta prêtresse ! La nuit couvre encore de ses sombres ailes bien des malheurs, une foule ^*^c\io\\s, fruits de cet esprit de vertige, et ne nous laisse qu'une sinistre obscurité.

THOAS

Que ton silence les cache aussi. C'est assez d^horreur. Dis-

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moi maintenant par quel miracle tu es sortie de cette race farouche.

IPHIGËNIE.

Le fils aîné d'Âtrée était Agamemnon; c'est mon p%re. Je puis dire avoir vu en lui depuis ma première enfance le modèle d'un homme accompli. Je fus le premier fruit de son union avec Glytemnestre; Electre naquit ensuite. Le roi régnait paisiblement, et le repos semblait assuré à la maison de Tantale, qui en.avait été si longtemps privée. Mais il manquait encore au bonheur de mes parents un fils, et à peine ce vœu avait-il été rempli, à peine Oreste, le bien-aimé, avait-il pris place entre ses deux sœurs, que de nouveaux malheurs se préparèrent à frapper cette maison tranquille. — Le bruit de la guerre que les forces réunies des princes de Ja Grèce portèrent autour des murs de Troie pour venger reiiièvement de la plus belle des femmes est venu jusqu'à toi. Ont-ils pns la ville, ont-ils atteint le but de leur vengeance, je l'ignore. Mon père conduisait l'armée des Grecs. Ils s'arrêtèrent en Aulide, attendant vainement un vent favorable; car Diane, irritée contre leur chef, retint leur impatience, et demanda par Galchas l'aînée des filles du roi. Ils m'attirèrent avec ma mère dans le camp, me traînèrent devant l'autel et vouèrent ma tête à la déesse. Mais elle était apaisée; elle ne voulait pas mou sang, et me sauva en m'enveloppant dans un nuage. C'est dans ce temple que je repris l'usage de mes sens. Oui, celle qui te parle est Iphigénie, la petite-fille d'Atrée, la fille d' Agamemnon, qui maintenant appartient & la déesse.

Je ne donne à la fille des rois ni plus de préférence ni plus de confiance qu'à Tinconnue. Je répète ma première offre : Suis-moi, viens partager mon sort.

IPHIGÉNIE

Comment l'oserais-je, ô roi? La déesse qui m'a sauvée n'a-t-cUe pas seule droit sur ma vie, qui lui est consacrée? Elle m'a choisi cet asile, et elle me réserve peut-être afin que je sois la plus belle joie de la vieillesse d'un père qu'elle a puni assez par l'apparence de ma mort. Peut-être

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