ACTE I
rheureux instaot de mon retour est-il ^proche ; et moi, sans égird à ses vues, je m'enchaînerais ici contre sa volonté? J*ai supplié la déesse de m'apprendre par quelque indice si je dois rester.
THOAS
Le meilleur indice que tu dois rester, c'est que tu restes. Ne dierche point péniblement de semblables subterfuges. C est vainement qu'on emploie de longs discours pour donner an refus ; celui qui demande ne comprend que le Non.
IPHIGÉNIE
Ce ne sont pas de vaines paroles prononcées dans le but d'éblouir tes yeux : je t'ai découvert le fond de mon cœur. ^\- ne sens-tu pas toi-même dans quelle attente pénible je dois soupirer après mon père, ma mère et toute ma famille? iVe te dis-tu pas que, sous ces vieux portiques où la douleur a tant de fois murmuré mon nom, la joie, à mon retour, comme à QD jour de naissance, enlacerait les colonnes des festons les plus beaux? Oh ! si tu m'envoyais sur un vaisseau dans ma patrie, tu me donnerais à moi et à tous les miens une vie nouvelle.
THOAS
Reloiu*nons-y donc : fais ce que ton c^œur te demande, n'écoute pas la voix de la prudence et de la raison. Sois femme tout à fait, et livre-toi au penchant inconsidéré qui t'entraîne et t'arrache de ces lieux. Quand une passion leur brûle dans le cœur, aucun lien sacré ne les retient d'aller au traître qui les attire hors des bras fidèles et éprouvés du père et de V^ux; mais, si ce feu n'embrase pas leur sein, la langue dorée de la persuasion, toute-puissante, toute sacrée qu'elle «st, fait sur elle d'inutiles efforts.
IPHIGÉNIE
Souviens-toi, ô roi! de ta noble parole. Veux-tu donc reconnaître ainsi ma confiance? Tu semblais préparé à tout entendre.
THOAS
Je n'étais point préparé à des choses si éloignées de ma
pensée. Pourtant je devais m*y attendre : ne savais-je pasi en
Tenant ici que j'aurais affaire à une femme?
14 IPHIGÊNIE EN TÂURIDR.
IPHIGÉNIE
0 roi! n*outrage pas notre sexe infortuné! Ses armes, quoique au-dessous des vôtres, ne sont pas pour cela sans noblesse. Crois-le bien, j*ai cet avantage sur toi que je sais mieux que toi-même ce qui peut le rendre heureux. Tu t'imagines, sans connaître ton cœur ni le mien, que des nœuds plus étroits nous uniront pour notre bonheur. Plein d'espoir et d'intentions louables, tu me presses de m'associer à ton sort, et moi je rends ici grâce aux dieux qui m ont donné h force de ne pas contracter une alliance qu'ils désapprouvent.
THOAS
Les dieux se taisent : c'est ton cœur qui parle.
IPHIGÉNIE
Les dieux ne nous parlent que par la voix de notre cœur.
Et n ai-je pas aussi le droit de les écouter?
IPHIGÉMIE.
Le bruit de Torage étouffe une voix faible.
THOAS
Sans doute la prêtresse sait seule les comprendre.
IPHIGÉNIE
Le prince, plus que tout autre, doit avoir égard à leur avis.
THOAS
Ta fonction sacrée, il est vrai, et le droit de t'asseoir à la table de Jupiter, que t'a donné ta naissance, t*élèvent plus près des dieux qu'un sauvage enfant de la terre.
IPHIGÉNIE
Voilà donc comment j'expie la confiance que tu m'as arrachée.
THOAS
Je ne suis qu'un homme ; et il vaut mieux, je pense, terminer cet entretien. Voici ma volonté : reste prêtresse de la déesse telle qu'elle t'a choisie ; mais que Diane me pardonne d'avoir, injustement et contre ma conscience, interrompu jusqu'à ce jour les anciens sacrifices. L'étranger ne fut jamais conduit par son bon destin sur ce rivage; de tout temps il J