‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 70 sur 390 · E6N0NT · texte numérisé non relu

E6N0NT

D me faut cet argent. C'est à lui de songer aux moyens de le rassembler.

RICHARD

fl dit qii*il fera son possible, et qu'à cet effet il va enfin . procéder juridiquement contre ce Raymond, qui tous doit depuis si longtemps, et le faire arrêter,

EGHONT.

Hais il a promis de payer.

RICHARD

La dernière fois il a demandé un répit de quinze jours.

EGVONT.

Eh bien, il n'a qu'à lui accorder encore quinze jours; après cela il peut le poursuivre.

RICHARD

Vous faites bien : ce n'est pas impuissance, c'est mauvaise Tolonté. Il prendra la chose au sérieux quand il verra que vous we badinez pas. — L'intendant ajoute qu'il va retenir à de vieux soldats, à des veuves et à d'autres individus auxquels vous faites des pensions, un demi-mois de ce qui leur est dû, afin de se donner du temps; qu'ils n'auront qu'à se pourvoir ailleurs.

EGHONT.

Qu'est-ce à dire? ces gens ont plus besoin d'argent que moi. Qu'il ne touche pas à cela!

RICHARD

Où ordonnez-vous donc qu'il prenne l'argent?

Qu'il s'arrange ! on le lui a déjà dit dans la lettre précédente.

RICHABD.

C'est aussi pour cela qu'il vous propose ces moyens^

EGHONT.

Qui ne valent rien. Qu'il en cherche d'autres; qu'il fasse des propositions acceptables, et, avant tout, qu'il me trouve l'argent.

RICHARD

J'ai rapporté ici la lettre du comte Oliva. Pardonnez si je vous en fais souvenir : ce vieux seigneur mérite avant tout une réponse détaillée. Votre intention était de lui écrire vousmême. En vérité, il vous aime comme un père.

EGUONT.

Je n'en ai pas le temps. De tout ce que je déteste au mondc^ écrire est ce que je déteste ]e plus. Tu contrefais si bien ma main ! écris en mon nom. J'attends Orange; je n'ai pas le temps d'écrire moi-même. Hais je voudrais qu'on calmât complètement ses appréhensions.

RICHARD

Dites-moi à peu près votre idée : je rédigerai la réponse et je vous la soumettrai. Ce sera écrit de manière à pouvoir passer en justice comme venant de votre main.

Donne-moi la lettre. (Après y avoir jeté les yeux.) Honnête, excellent vieillard! as-tu été dans ta jeunesse aussi réfléchi qu'aujourd'hui? n'as-tu jamais escaladé un bastion? Dans la mêlée, te plaçais-tu où le veut la prudence, derrière les autres? Touchante sollicitude ! Il veut ma vie et mon bonheur, et ne sent pas que c'est être déjà mort que de vivre pour sa sûreté. — Écris-lui qu'il peut être tranquille; que y^gis comme je dois agir; que je m'observerai; qu'il continue d'employer en ma faveur son crédit à la cour, et soit persuadé de mon entière reconnaissance.

RICHARD

Voilà tout? Oh! il s'attend à plus que cela!

Qu'ai-je à dire de plus? Si tu veux le rendre en plus de mots, il ne tient qu'^ toi. Ses lettres ne roulent jamais que sur ceci : qu'il faut que je vive comme il m'est impossible de vivre. Être gai, prendre les choses légèrement,vivre sans soud, voilà mon bonheur, et je ne l'échangerais pas contre la sécurité du tombeau. Je n'ai pas dans les veines une seule goutte de sang espagnol, et ne me sens nulle envie de régler mon pas sur l.-i cadence grave de la cour. Est-ce que je ne vis que pour

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