ACTE II
de 1 aToir to échouer, six mois de soins et de peines pour organiser une seule province; le temps s'écoulerait en pure perte, la tête finirait par lui tourner, et les choses reprendraient leur train ordinaire ; tant et si bien, qu'au lieu de cingler en pleine mer vers un point marqué, il se trouverait fort heureux, dans cette tempête, de sauver son vaisseau du naufrage. -
ORANGE
Hais si on conseillait au roi un essai T
EGHOKT.
Qui serait?
ORANGE
De voir ce que pourrait entreprendre le tronc sans tête.
CoŒment?
ORANGE
Egmont, voici bien des années qxji^ je prends à coeur nos affaires. Je suis toujours comme devant un échiquier, et ne pense pas qu'un seul coup de l'adversaire soit sans consé- <iuences. De même qu'il y a des gens oisifs qui se tourmentent a l'eicès dès mystères de la nature, moi, je tiens que c'est le devoir, la mission d'un prince, de sonder les intentions et les desseins de tous les partis. J'ai de fortes raisons d'appréhender une explosion. Le roi, pendant longtemps, s'est conduit d'après certains principes; il s'aperçoit que ces principes ne le mènent point au résultat; qu'y a-t-il de plus probable çie de le voir entrer dans une autre voie.
Je n'en croîs rien. Quand on se fait vieux, et qu'on a es- ^yé de tout, et qu'on voit qu'on n'aboutit à rien, on finit par en avoir assez.
ORANGE
n y a une chose qu'il n'a pas encore essayée.
Cette chose?
ORANGE
D'épargner le peuple et de frapper les grands.
EGVOHT.
Que de gens redoutent cela, et depuis combien de temps! Il n'y a pas la moindre inquiétude à avoir de ce côté là.
ORANGE
Oui, c'était autrefois, une simple inquiétude ; mais peu à peu cette inquiétude s'est changée pour moi en conjecture, enfin en certitude.