‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 72 sur 390 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

— Au milieu de mes braves camarades, pour le moindre gain, je n'ai jamais hésité mi moment à mettre à la sanglante loterie, et je reculerais, maintenant qu'il s'agit de mon indépendance et du prix de ma vie entière?

RICHARD

0 monseigneur! vous ne savez pas quelles paroles tous prononcez là. Que Dieu veille sur vous 1

EGUONT. .

Rassemble tes papiers, voici Orange. Expédie le plus pressé, et que les messagers partent avant qu'on ferme les portes. Le reste peut se différer. Remets à demain la lettre au comte; ne manque pas d'aller voir Elvire, et salue-la de ma part.

— luforme-toi aussi de la gouvernante; elle m'a parue indisposée, quelques efforts qu'elle fît pour le cacher.

Richard sort Entre Orange.

EGHONT.

Bonjour, Orange ; vous avez l'air préoccupé.

ORANGE

Que dites-vous de notre entretien avec la gouvernante?

le n'ai rien trouvé d'extraordinaire dans son accueil. Je l'ai déjà vue comme cela plus d'une fois. Elle ne m'a pas paiu trèsrbien portante.

ORANGE

N'avez-vous pas remarqué aussi qu'elle était plus réservée? Elle a d'abord fait semblant d'approuver en tout notre conduite dans la dernière émeute, elle s'est mise à énumérer toutes les circonstances qui doivent y jeter un faux jour, et peu à peu elle est revenue à ses anciens discours : que ses manières affables, son amitié pour les Pays-Bas étaient mal appréciées et plus mal récompensées; que rien ne voulait s'arranger au gré de ses vœux ; qu'elle finirait par perdre patience, et déciderait le roi à prendre d'autres mesures, li'avez-vous entendu?

EGMO^T.

Pas tout : pendant qu'elle a parlé je pensais à autre chose.

i04 EGMONT.

— C'est une femme, mon cher Orange; et les femmes, vous le savez, seraient charmées que tout se soumît à leur joug aimable, et que chaque Uercîile déposât sa peau de lion pour prendre en main la quenouille et filer à leurs genoux. Gomme elles sont en général d'un caractère doux et tranquille, elles voudraient que la fermentation qui bout au sein de tout un peuple, la tempête qui éclate entre deux puissants rivaux, se laissassent calmer par une parole amicale ; elles voudraieut que les éléments les plus contraires vinssent à leurs pieds s'unir dans une paisible harmonie ! C'est là son cas : et comme elle n'a pu en venir à bout, elle ne trouve rien de mieux que de montrer de l'humeur, d'accuser les hommes d'ingratitude et d'imprudence, d'annoncer de sinistres horizons pour ra?enir, et de menacer de partir.

ORANGE

Ne croyez-vous pas que cette fois elle tiendra sa menace?

Pas le moins du monde ! Que de fois . ne l'ai-je pas déjà vue au moment de partir ! Où irait-elle? Ici gouvernanle, vice-reine, crois-tu qu'elle supportât de s'aller enterrer à la cour de son frère, et d'y filer des jours monotones? ou bien en Italie, de végéter tristement dans de vieilles relations de famille?

ORANGE

On ne la juge pas capable de cette résolution, parce que jusqu'ici on l'a vue hésiter, on l'a vue reculer; mais elle n'en est pas moins maîtresse de la prendre, et de nouveDes circonstances peuvent la ramener à ce parti si longtemps diiïéré. Si elle partait, et que le roi envoyât quelqu'un à sa place?

Eh bien ! il viendrait, et rencontrerait les mêmes obsta* des ; il viendrait avec de grands projets, des plans, des vues, pour tout bouleverser, tout soumettre, rétablir parlent l'entente. Puis il se heurterait aujourd'hui â une misère, demain à une autre, après-demain â quelque nouvel embarras ; n passerait un mois à mûrir son projet, un second à se dépitei*

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