ACTE II
die. Et où Youdraient-ils en Tenir? Le roi ne peut pas juger et condamner tout seul. Voudraient-3s nous faire périr en assassins? Non, ils ne peuvent pas le vouloir. Au même instant une ligue terrible se formerait dans le peuple : haine at guerre étemelle au nom espagnol, voilà le cri qui éclaterait.
ORANGE
Oui, l'incendie s'allumerait sur notre tombe, le sang coulerait en un vain sacrifice expiatoire. Pensons-y bien, Egmont.
EGVONT.
Mais comment s'y prendraient-ils?
ORANGE
Albe est en chemin.
Je ne le crois pas.
ORANGE
Je le sais.
La gouvernante assurait ne rien savoir.
ORANGE
J'en suis d'autant plus persuadé. La gouvernante lui cédera I^ place. Je connais son humeur sanguinaire, et il amène une
armée.
Pour écraser derechef les provinces! Le peuple en sera
P^«s mutin.
ORANGE
On commencera par s'assurer des chefs.
Non! non!
ORANGE
Retournons chacun dans notre province ; nous nous y re« Mancherons. D ne débutera pas par la violence ouverte.
Ne devons-nous point le saluer à son arrivée?
ORANGE
Nous remettons cela.
EGMORT.
Et sï\ nous mande d'y assister au nom du roi?
ORANGE
Nous cherchons des défaites.
EGMOMT.
Et s'il insiste.
ORANGE
Nous nous excusons.
Et s*il revient à la charge?
ORANGE
Raison de plus pour ne pas aller.
Et la guerre est déclarée, et nous sommes des rebelles! Orange, ne te laisse pas séduire par la prudence ; car pour la crainte, je sais qu'eller ne peut rien sur toi. Songe à cette démarche.
ORANGE
J'y ai songé.
E6M(»fT.
Songe que, si tu te trompes, tu te charges du crime d'avoif excité la plus épouvantable guerre qui ait jamais désolé un pays ; songe que ton refus est le signal qui appelle aux armes toutes les provinces et légitime toutes les cruautés pour lesquelles les Espagnols n'attendent depuis longtemps qu un prétexte. Ce que nos efforts ont toujours tendu à calmer, tu vas le rallumer d'un signe, et en faire nsdtre la plus horrible catastrophe. Songe aux villes, songe à la noblesse, au peuple, à l'industrie, à l'agriculture, au commerce ! Songe aux dévastations, aux meurtres!... —Sur le champ de bataille, le soldat voit d'un œil tranquille son camarade tomber â ses côtés ; mais toi, quand les fleuves t'amèneront les cadavres des bourgeois, des enfants, des jeunes filles, ne t'arrêteras-tu pas avec horreur? croiras-tu encore avoir servi leur cause alors qu'ils ne seront plus, ceux pour qui tu auras pris lei armes; et quelle honte pour toi s'il te fallait dire alors • C'est pour ma sûreté personnelle que je les ai prises!