ACTE n
ORAKGE.
Nous ne sommes pas des individus isolés, Egmont. S'il convient de s'immoler pour des milliers d'hommes, il convient également de s'épargner pour eux.
Qui s'épargne, se dégrade à ses propres yeux!
ORANGE
Qui se connaît peut avancer ou reculer en toute assurance.
EGHONT
Le mal que tu redoutes, ta démarche le rend certain.
ORANGE
Il est sage et hardi d'aller au-devant d'un mal inévitable.
EGHONT.
Dans un si grand péril, la plus faible espérance a son importance.
- OBAlfGE.
Hais il ne nous reste plus oiî poser le pied; l'abîme est là devant nous.
EGHONT.
La faveur du roi, est-ce donc un terrain si mobile?
ORANGE
Mobile, non, mais glissant.
EGHONT.
Pour Dieu! on lui fait injure. Je ne puis souffrir qu'on pense mal de lui! 11 est fils de Charles, et incapable d'une bassesse.
ORANGE
Les rois ne font jamais rien de bas.
EGHONT.
On devrait apprendre à le connaître.
ORANGE
C'est précisément cette connaissance qui nous invite à ne pas attendre une épreuve dangereuse.
EGHONT.
Aucune épreuve n'est dangereuse pour qui a du courage.
ORANGB.
Tu t'emportes, Egmont.
su 10
IIQ EGHONT.
EGHONT.
Je dois voir avec mes propres yeux.
ORANGB.
Oh ! que ne vois-tu cette fois avec les miens! Ami, parce que les yeux sont oiiverls, tu t'imagines voir. — Je pars. Attends l'arrivée d*Âlbe, et que Dieu te protège! Peut-être mon refus te sauve-t-il; peut-être le nionstie ne croit-il rien tenir s*il ne peut nous dévorer tous deux à h fois; peut-être va-t-il différer pour exécuter plus sûrement ses projets : peutêtre aussi finiras-tu par voir les choses sous leur véritable jour. — Miiis alors, vite! vile! sauve-toi. — Adieu. — Ne te laisse pas endormir; observe tout : combien il amène de soldats, de quelle manière il occupe la ville, quel degré de pouvoir conserve la gouvernante, quelle contenance fout tes amis. Donne-moi de tes nouvelles... — Egmont!...
EGHONT.
Que veux-tu?
ORAHGE, lui prenant la main.
Laisse-toi persuader ! viens avec moi !
EGHONT.
Quoi! des larmes, Orange?
ORANGE
Il n*y a point de Êûblesse à pleurer un homme qui se.perd.
EGHONT.
Tu me crois perdu?
ORANGE
Tu l'es. Penses-y! Il ne te rei>te que peu d*instants. Adieu.
n sort.
EGMONT, seul.
Que les idées d'un autre aient une telle influence sur noas! jamais je ne l'aurais cru... Et cet homme fait passer en moi ses inquiétudes!... Fi donc' — C'est une goutte de sang étranger. Bonne nature, purges-en mon sang ! Et moi, poitf éclaircir ce Iront soucieux, je connais un aimable moyen!