‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 78 sur 390 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

MARGOFRITB.

Je les sais par oœtir. Ils voudraient avoir maisonnette; et, comme ils n'y fravaillent pas eux-mêmes, pour gagner leur fonfiance, il suffit de se présenler à eux le bulai à la main. Oh ! mon Dieu ! c'est comme si je voyais le roi et son conseil brodésicisurle tapis.

VACHIAVELL.

Aussi vivement ?

MARGUERITE

n n'y manque pas un trait. Dans le nombre se trouvent de lïraves fiens : l'honnête Ko*lrigue, si habile, si mesuré, n'élevant jamais trop haut ses prétentions, et ne lai^saiil ponr- Jant rien tomber; le loyal Alonzo, le laborieux Freneda, 1 inflexible Las Vargas, et quelques autres encore qui les secondent quand le bon parti triomphe. Mais là siège l'archevêque de Tolède, au front d aiiaiii, à l'œil cave, au regard «efeu. [1 me semble l'entendre murmurer de sa place contre lindulgence des femmes, contre une condescendance (léf»la- ^1 disant que les femmes sont faites pour monter des che- ^uxbien dressés, mais que ce sont de mauvais écuyers; et autres sarcasmes semblables dont j'ai été rassasiée autrefois par nos hommes d'Etat.

MAGHUVELL.

Vous avez pris pour ce tableau une admirable palette.

MARGUERITE

Mais, avoue-le, Machiavell, dans toutes ces couleurs, je tnercherais vainement un ton aussi livide, une nuance aussi rembrunie que le visage d'Âlbe. Personne qui ne soit à ses î^ux un blasphémateur, un criminel de lèse-majesté î parce î^e cest un chapitre où il y a beaucoup à rouer, empaler, ^rteler, brûler. — Le bien que j'ai fait ici ne comp'e pour ^l^"» précisément parce que c'est du bien. U s'attache aux Qiscus>ions qui sont calmées, aux troubles qui sont apaisés, celle manière, le roi, n'ayant devant les yeux que meur- "^> séditions, licence, finit par croire tout de bon qu'ils se ^^eul iii les uns les autrch; pendant qu'il ne s'agit que ûun scandale passager, occasionné par une populace gros-

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sière, et que nous ayons oublié depuis longtpmps. Alors il prend en haine ces pauvres gens, ne les envis^ige qu'avec horreur, comme des monstres et des béies féroces, ne voit plus de ressource que dans le fer et le teu, et s'imagine que c'est ainsi qu'on vient à hout des hommes.

MACHIAVELL.

Il me semble que vous vous alarmez trop, et que vous poussez les choses à l'extrême. Ne demeurez-vous pas gouveinanle?

MARGUERITE

Je connais cela ; il apporte des instructions. — J'ai assez d'expérience dans les affaires d État pour savoir coiiimeut on évince les gens sans leur ôter les marques de leurs lignités. Il va d'fibord montrer des instructions vagues et louches; puis il empiét* ra sur mes droits, car il a la force. Si je me pluns, il alléguera des instructions ^eorètes; si je demande à les voir, il trouvera des délais; si j'insiste, il me montrera un papier qui renfermera toute autre chose; et si je ne veux pas m'en contenter, il fera comme si je ne pariais pns. Et, eu attendant, ce que je craignais aura été fait, ce que je désirais mis de côté.

MACHIAVELL.

Je voudrais pouvoir contester la vérité de ce que tous dites.

MARGUERITE

Ce qui m'a coûté tant de patience à apniser , il va le rainmer à force de violem es et de cruautés. Je voirai sons mes yeux périr mon ouvrage, et j'aurai, de plus, à répondre de ses fautes.

MACHIAVELL.

Votre Altesse peut y compter.

MARGUERITE

J'ai assez d'empire sur moi pour me contenir. Qu'il vienne, je lui cédrrai la place de la meilleure grâce du monde et avant qu'il m'y force.

MACHIAVELL.

Quoi ! si vite? une démarche si grave !

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