‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 95 sur 390 · E61I0NT · texte numérisé non relu

E61I0NT

Un crime commis dans l'ivresse ou dans la démence n'esta il pas plutôt à excuser qu'à pimir cruellement? et surtout lorsqu'il y a un espoir aussi assure, une certitude, que le mal ne se renouvelleia pas. L'indulgence ne fut-elle pas de tout temps la sauvegarde des rois? Ne recueillnt-ils pas d'âge en âge les éloges du monde, ceux qu'une oifense n'irrite point, qui savent la pardonner, la plaindre et la mépriser? Ne se* ront-ils pas, pour cela même, comparés à Dieu, qui est trop grand pour que nos blasphèmes puissent l'atteindre?

ALBE

Et c'est à cause de cela précisément que le roi doit veiller à ce qu'on respecte Dieu et la religion, et que nous, nous devons veiller à ce qu'où respecte le roi. Où le souverain dédaigne de descendre, c'est nous qui sommes chargés d'y porter la vengeance. — Si l'on suit mon conseil, aucun coupable ne jouira de l'impunité.

EGHONT.

Crois-tu que tu les atteindras tous? N'apprend-on pas tous

ilO EGVONT.

les jours que la p^ur les fait errer çà et U^ et même sortir du pays? Les riches emmèneront dans leur fuite leurs biens,, leur famille, leurs amis; le pauvre ira Tendre à nos voisins ses mains industrieuses.

ALBB.

Oui, si on ne peut pas les en empêcher. — Le roi demande à tous les grands un service efficace, fermeté à tous les gouverneurs, et non pas seulement des rapports sur ce qui est et sur ce qui pourrait ariiver dans le cas où on, laisserait aller les choses comme elles vont. — Avoir devant les yeux un grand mal, se flatter d'espérances vaguas, s'en remettre au temps, une fuis par hasard frapper, comme dans une parade de carnaval, pour qu'il en résulte du tapage, et que, sans rien faire, ou ait Tair de faire quelque chose, n'est-ce pas se rendre suspect d'envisager d'un œil content a^tte sédition, qu'on ne veut pas allumer, mais qu'on veut bien souiller?

EGMOMT, sur le point de s'emporter, se retient, et, après une courte

pause, reprend d'un ton calme :

Les intentions ne sont {Mis toutes également visibles, et il est certaines gens dont on peut aisément mal interpréter l'iatention. Uais, de fait, on entend dire partout que l'intenlioD du rui est moins de gouverner les provinces d'après des lois claires et uniformes, d'assurer la dignité de la religion, et de foire jouir ses peuples d'une paix durable, que de leur imposer un joiTg absolu, de les dépouiller de leurs antiques droits, de se rendre maître de leurs biens, et enfin de restreindre les beaux privilèges de la noblesse, unique gage en échange duquel le noble le sert et lui con>acre son bras et sa vie. La religion, dit-on, n'est autre chose qu'une riche tenture derrière laquelle ou médite plus à son aise des projets funestes: le peuple est là, agenouillé, adorant les saintes images, et, caché derrière, l'oiseleur guette l'instant de se jeter sur lui et de l'enchaîner.

ALBE

Est-ce de ta bouche que je dois entendre de pareils discours?

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