‹ Le théâtreChapitre 23 sur 95 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

rait. Il y a encore bien d'autres raisons qui tendent , à la suppression des plafonds ou bandes d'air , mais j'ai indiqué, je pense, suffisamment ce qui la motive.

Si donc la scène est très-élevée, les toiles de fond pourront se développer en hauteur, et une ou deux draperies aux premiers plans suffiront pour masquer la découverte, en donnant en même temps un effet dioramatique très-puissant, par l'opposition de ces premiers plans avec les décorations supérieures du lointain. On pourrait, si les circonstances le permettaient, donner à cette partie médiane une hauteur double de celle du rideau d'avant- scène ; mais cela entraînerait parfois à des constructions très-difficiles et fort coûteuses; .de sorte que l'on peut peut-être réduire cette première dimension, et supposer que la hauteur de la scène théâtrale doit être environ de une fois et demie la hauteur du cadre d'avant-scène.

Il est bien entendu que je parle de l'espace compris entre le plancher du théâtre et le bas des toiles suspendues; quant à la hauteur qui complète le vaisseau et s'étend jusqu'au-dessous des cintres, elle doit découler naturellement de la hauteur de la scène visible. Si cet espace n'a pas les dimensions des rideaux, il faudra remonter ceux-ci en deux parties, voire même en trois, ce qui les coupera, les rayera de lignes, et leur fera occuper plus de place. Il est donc indispensable de disposer entre le premier gril des cintres et le dessus de l'ouverture d'avant-scène, d'une hauteur telle, que la plupart des toiles puissent s'élever d'une seule pièce. Gela serait difficile, je le sais, pour les toiles de fond qui atteindront peut-être vingt-cinq mètres et plus; mais pour les toiles des plus grands

nombres de plans, cela peut et doit se disposer ainsi, et l'on a encore pour ce point une donnée pratique, dont il faut tenir compte.

Quant à la profondeur des dessous , on comprend qu'elle doit être suffisante pour loger des fermes entières et complètes, qui émergeant du plancher de la scène, devront s'élever jusqu'à la hauteur moyenne des frises et des plafonds, car si ces dessous ne sont pas très-profonds, les fermes qui s'en élèvent ne pourront pas monter jusqu'au point de jonction rationnel, et les raccords se feront toujours d'une manière incomplète et disgracieuse.

Je n'ignore pas que dans la pratique la construction de ces dessous n'est pas toujours sans difficultés. Il faut descendre de bien basses fondations et creuser dans le sol comme un termite dans le bois. Bien heureux encore quand ce sol est .ferme } et n'est pas remplacé par de la glaise, du sable mouvant, ou même de l'eau! j'en ai fait par moi-même l'expérience au nouvel Opéra, où j 'ai dû épuiser Peau sur une hauteur de cinq mètres et au fond de puits de dix mètres. C'est tout au plus si neuf pompes puissantes , fonctionnant nuit et jour sans interruption , pendant plus de six mois, pouvaient venir à bout de la besogne. Un mètre de profondeur de plus, il aurait fallu doubler peut-être le nombre des engins ; deux mètres de plus, l'épuisement ne devenait probablement plus possible. Mais heureusement, ces conditions particulières ne se présentent pas toujours , et la réussite est moins précaire. Néanmoins il faut prendre en considération les dépenses occasionnées par ces travaux souterrains , et Y aléa où ils vous entraînent. C'est même une des raisons qui engagent à élever le sol de la salle, comme je l'ai indiqué

Page 1