SCENE
décors, tout cela exige une grande place, un grand espace, qui est bien rarement accordé, et ce n'est pas seulement au point de vue de la circulation et des agencements des tas que la scène doit être large, c'est encore et surtout peut-être au point de vue de la décoration. Dans une scène étroite , les châssis ou feuilles de décoration ne pouvant naturellement avoir une grande largeur, laissent passer les regards entre deux plantations voisines, comme les regards passent entre les colonnes d'un portique, et les coulisses sont en vue. Pour éviter cet inconvénient considérable, on est forcé de rapprocher les châssis les uns des autres, d'en , augmenter par suite le nombre, puis souvent même de les plier, afin qu'ils s'opposent aux découvertes. Cette multiplicité de plans successifs est fort incommode aux décorateurs. Ils brisent les lignes, ils encombrent l'espace, et surtout ils forcent les plantations à se faire sans liberté et sans variété, tenues qu'elles sont par la première condition de cacher les coulisses. Avec de grands espaces au contraire, les châssis peuvent être très-larges et les décorations peuvent sauter plusieurs plans, ce qui grandit les effets, facilite les compositions , et simplifie les difficultés d'exécution. C'est là le point important , le point capital , celui qui frappe tout d'abord et qui doit être l'objet de la plus vive préoccupation de l'architecte; aussi, si celui-ci est libre de son terrain, s'il peut développer la scène, il faut qu'il le fasse tout de suite, et lui donne, rien que pour la partie affectée aux artistes et aux décors , au moins une largeur double de l'ouverture du rideau ; c'est en dehors de ces dimensions minimum que devront se trouver les installations complémentaires des dépôts de décorations et des engins divers «
Voici donc à peu près déjà deux dimensions indiquées ; il en reste encore une dernière tout aussi importante : la dimension de hauteur qui se divise, elle, en trois parties : la hauteur de la scène proprement dite, les cintres, et les dessous.
De même que pour la largeur, et pour une partie des mêmes motifs , la scène ne peut jamais non plus être trop élevée, à moins, cela va sans dire, d'exagérer ce principe. Là, ce n'est plus la circulation et la plantation des châssis qui imposent leur loi, mais celle de la suspension des bandes d'air ou plafonds, qui remplissent par rapport aux cintres le même office que les feuilles par rapport aux coulisses. Pour cacher les herses d'éclairage, les ponts volants, les toiles suspendues, on est contraint presque à chaque plan de disposer ces bandes horizontales qui se projettent l'une sur l'autre, et empêchent ainsi la découverte; mais si ces bandes sont utiles pour cet usage, il faut avouer que le plus souvent, sinon toujours , elles sont un obstacle à la grande composition des décorations, surtout lorsqu'il s'agit de représenter le ciel. On comprend au besoin que des plans successifs et rapprochés puissent exister dans les châssis , parce que la nature se compose de plans successifs , mais dans un ciel il ne peut y avoir de ces plans marqués ; le ciel doit sembler fuir depuis le haut de la scène jusqu'aux terrains; eh bien! ces lambeaux de toiles suspendues divisent toujours l'ensemble en petites tranches illogiques, désagréables à l'œil, et qui jamais ne pourront être de la même valeur ni du même ton; les éclairages changent plus ou moins par rues, et estompent ou éclaircissent plus ou moins les bandes d'air, de sorte que même les valeurs et lestons fussent- ils identiques, l'éclairage les modifie-