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CHAPITRE XIV

Plusieurs théâtres ont sur la scène des loges accolées au mur de face, et qui s'élèvent de toute la hauteur de l'ouverture du rideau. Cet établissement doit faire l'objet de plusieurs réflexions, car il est plus ou moins facultatif, et il a été non moins vivement attaqué par les uns, que défendu par les autres. Je viens à mon tour dire quelques mots sur cette question, mais je n'ai pas la prétention de la résoudre.

Les raisons alléguées de part et d'autre paraissent bonnes ou mauvaises, suivant le point de vue où on se place, et chacun peut se flatter d'être du côté de la vérité. Quant à celui qui la recherche sans parti pris, il hésite entre les deux camps, et tour à tour opte pour l'un ou pour l'autre ; mais comme il n'y a pas de compromis entre mettre ou ne pas mettre, il faut bien se décider, et accepter ou repousser les loges sur le théâtre.

Si l'on ne s'occupe que de l'effet purement scénique, il est bien évident qu'il y a quelque chose d'assez choquant à voir ces petites logettes à droite et à gauche du champ où se meuvent les acteurs. La scène est ainsi moins définie, le regard est distrait par la vue des occupants de ces loges, qui, par leurs costumes, nuisent à la vérité d'aspect des costumes des acteurs ; l'action scénique est moins une, moins compacte, l'illusion est en partie détruite, et pour prendre uney comparaison un peu triviale, mais expressive, les spectateurs installés dans les logettes, font loucher les spectateurs de la salle.

Cette installation est donc désagréable, et rappelle l'usage antique et barbare, où les seigneurs de la cour se plaçaient sur le plancher du théâtre, côte à côte avec les comédiens; et encore je crois que cette coutume vicieuse était plus acceptable que la coutume actuelle, car le nombre des assistants placés sur la scène changeait peu le caractère de la représentation, l'illusion étant moins exigée; c'était comme une comédie de salon qui se joue au milieu de tout le monde, et la foule n'attire pas autant les regards, ou tout au moins ne les irrite pas autant qu'une ou deux personnes isolées, confinées dans des places spéciales. Le pitre qui est entouré par tous les badauds qui l'écoutent, sera toujours certain que tous les yeux se porteront sur lui; mais si par hasard parmi les assistants il s'en trouve un seul qui, par ses manières, son costume, sa taille ou sa laideur, diffère de toute la réunion, l'attention sera tout de suite partagée, et les yeux iront du pitre à son bizarre auditeur.

Cet effet existe complètement dans les théâtres munis de logettes, du moins pendant quelques instants;

chaque fois qu'une personne arrive dans cette loge spéciale, tous les regards se portent sur elle et l'on oublie pendant ce moment de curiosité, et l'acteur, et la scène, et le drame. Gela n'a pas une très-longue durée, je le sais, on se lasse bien vite de cette distraction et Ton revient au théâtre. Néanmoins, on n'oublie pas que les acteurs ont un voisinage incommode et illogique, et la moindre cause vous sollicite à regarder de nouveau à droite et à gauche et nuit ainsi à votre quiète attention.

Il y a donc un inconvénient réel dans l'établissement des logettes de la scène, et bien que l'habitude les fasse oublier en grande partie, on ne peut méconnaître que pour les spectateurs de la salle, il serait désirable que cette adjonction fût supprimée.

Ceci est un côté de la question; voyons l'autre, le côté des avantages, qui, s'ils ne sont pas tous trèsmarqués, sont au moins assez nombreux. D'abord cette installation peut fournir huit ou dix loges pouvant être distribuées, du moins en partie, au personnel du théâtre. Gela facilite les relations entre les directeurs et leurs chefs de troupe, et leur permet en outre d'utiliser dans la salle même un plus grand nombre de places, puisque quelques-unes de celles-ci seraient affectées ordinairement au personnel. Il y a donc là augmentation de recettes produite par l'augmentation de places disponibles. Puis ensuite, comme cela se présente toutes les fois qu'il existe des loges de théâtre, le directeur a toujours une ou deux de ces loges à sa disposition, et il transforme cet emplacement en véritable cabinet d'affaire, en poste d'observation. Or il est le plus souvent, sinon toujours, utile que le directeur puisse surveiller facilement la représentation, qu'il

puisse assister à tout ce qui se fait et pendant l'entr'acte et pendant le jeu, et cette loge de service devient par sa position même le point le plus favorable pour cette surveillance. Le directeur est ainsi à moitié dans la salle et à moitié sur la scène; il peut se rendre compte des impressions du public, il peut observer les musiciens de l'orchestre, il peut suivre dans tous leurs mouvements les artistes et les comparer; il est chez lui, dans sa loge, mais il est néanmoins au milieu de tout le public et de tout le personnel du théâtre ; il est en même temps spectateur et chef des acteurs; il écoute, il dirige, il blâme, il encourage, et tout cela sans perdre de temps, sans changer de place, sans éprouver de retards, ni d'embarras.

De plus, toute la soirée, des ordres sont donnés, des consultations sont établies, des chefs de services sont mandés auprès de lui, et toutes les choses comme tous les gens trouvent dans cette proximité d'installation toutes les facilités nécessaires pour les conversations, les rapports et les discussions.

Un autre avantage tout matériel se présente aussi: il est utile que les acteurs aient tout près du cadre d'avant scène de petites pièces ou foyers de réplique où, à un instant donné, ils puissent changer de costume s'il en est besoin, ou se reposer si le temps leur manque pour aller jusqu'à leurs loges. Or cette saillie nécessaire pour l'installation des logettes du théâtre, ménage près du mur de face des espaces qui peuvent être utilisés pour les foyers de réplique, de même qu'il s'en présente encore d'autres qui peuvent être utilisés pour le dépôt des appareils d'éclairage, qui, eux aussi, doivent être resserrés des deux côtés de l'ouverture de la scène. Enfin pour terminer la nomenclature de ces di-

vers avantages, signalons en dernier lieu que cette installation permet d'adjoindre à la loge du chef de l'État une logette sur la scène, et que bien que ce soit là chose secondaire par rapport au service général de tout le théâtre, il faut toujours la signaler; car pour certaines personnes et surtout pour certains pays, elle peut acquérir quelque importance. Je passe sous silence l'établissement des orgues de musique ou des orgues d'éclairage qui peuvent profiter de la place laissée, puis encore de plusieurs doctrines d'acoustique qui ne sont pas très-clairement prouvées,* et je clos la liste des raisons qui peuvent militer en faveur de la construction des loges de théâtre.

Ainsi, d'un côté, c'est le public surtout qui est en jeu, de l'autre c'est la direction, qui du reste, est aussi &ite dans l'intérêt du public ; de sorte que c'est la discussion seule des motifs divers qui pourra amener à une solution. Mais quelle qu'elle soit, comme il n'y a pas là de principes bien indiscutables, on pourra craindre de se tromper dans les deux cas, comme on pourra aussi espérer avoir raison. C'est avec ces considérations et ces réticences que j'avoue que je préfère les loges sur le théâtre, et c'est peut-être un sentiment tout artistique qui me porte à cette décision, bien plus que tout autre motif, et ce sentiment a sa raison d'être dans les oppositions indispensables entre la salle et la scène, comme nous allons le voir tout à l'heure.

Il va de soi que si je continue ce chapitre, c'est que je suppose que les loges sont acceptées ; sinon Jfe n'aurais pas à m'occuper de leur disposition particulière. Cependant comme il va se présenter encore quelques considérations relatives au choix à faire, peut-être pourrait-on ajourner son opinion jusqu'à la fin du

chapitre, en supposant toutefois que cette opinion ne fût pas complètement fixée.

Il est positif qu'on pourrait installer ces logettes de . telle sorte qu'elles fussent invisibles aux spectateurs. Il n'y aurait qu'à faire suivre à leur paroi intérieure une direction oblique et rentrante, au lieu de la direction naturelle des loges de la salle; ces loges seraient ainsi cachées et elles ne pourraient être aperçues en dehors du cadre d'avant-scène. On arriverait au même résultat en les repoussant à droite et à gauche, en les éloignant de l'ouverture des rideaux ; au moins de cette façon les logettes n'étant plus sur le champ de la scène n'auraient plus le grave inconvénient ci-dessus signalé ; on n'en aurait pas moins quelques-uns des avantages faisant partie de l'adoption, et il paraîtrait ainsi que la solution serait la meilleure. On aurait en effet encore la surveillance de la scène, la facilité des communications avec les chefs de service, l'emplacement des foyers de réplique, et celui des appareils d'éclairage; on aurait des places à distribuer, on aurait tout enfin, sauf pourtant une seule chose qui est peut-être la plus importante, celle qui milite surtout en faveur de l'installation des logettes de théâtre.

En effet, les loges ainsi placées isoleraient complètement leurs occupants des autres spectateurs de la salle, ce qui ne laisserait pas que d'être assez triste et monotone, mais enfin ce ne serait qu'un désagrément restreint, et pour un petit nombre de personnes non payantes; on pourrait donc ne pas en tenir compte, si cet isolement spécial n'isolait aussi le directeur. Celui-ci ne verrait plus la salle, partant il n'aurait plus l'impression sincère des sensations du public ; il ne verrait plus l'orchestre, et partant il ne pourrait plus

le surveiller ; le directeur serait là comme un général qui ne saurait que ce que fait la moitié de son armée, et ne saurait que Je lendemain ce qu'a fait l'autre moitié. Je sais bien que le directeur pourrait recevoir des rapports : mais le meilleur rapport du meilleur agent ne vaut pas pour l'intéressé le moindre coup d'oeil que celui-ci peut donner. Celui qui paye, dirige et est responsable, comprend les choses d une manière différente de celui que l'on paye, que l'on dirige et qui n'a qu'une responsabilité relative. Certes le directeur pourrait bien quitter sa loge et aller dans la salle; mais là il serait trop près des spectateurs pour les juger sans embarras, il serait trop loin des acteurs pour que ceux-ci sentissent son influence, et puis s'il change de place, s'il ne reste pas à* son poste, on peut perdre à sa recherche un temps toujours précieux au théâtre où le public est impatient, et se préoccupe fort peu des difficultés de l'exploitation. Il vaut mieux encore un directeur absent, parce qu'au moins son second le remplace provisoirement, qu'un directeur ambulant, parce que l'indécision dans le service est la pire chose qui amène au pire résultat. Il faut que le directeur soit là, qu'il reste à sa place, dans son théâtre, dans sa loge, il faut qu'on sache où le rencontrer; il faut qu'on sente sa présence et son autorité. Si sa surveillance n'est pas toujours utile, sa présence le sera toujours. Elle encourage et contient les artistes, elle donne à celui-ci plus d'entrain, à celui-là plus de sécurité, à tous plus de conscience et d'amour-propre. Cela se remarque fort bien à l'Opéra, par exemple; lorsque le directeur n'assiste pas à la représentation, ou tout au moins lorsqu'on ne croit pas qu'il y assiste, il y a je ne sais quelle mollesse, quel abandon de la part de tous les

artistes, abandon inconscient, je le veux bien, mais néanmoins abandon certain ; l'orchestre est moins net et moins enlevant, les chœurs sont plus empâtés, les artistes sont moins soutenus, et l'ensemble de tout cela plus indécis et plus apathique. Ce n'est la faute de personne; chacun fait son devoir en conscience, mais il manque le coup de fouet qui résonne aux oreilles, qui excite, qui fait aller en avant, et qui enlève une salle qui, à son tour, enlève les chanteurs. Aussi lorsque le public sent que la représentation marche mal, lorsque sans être mécontent, il se sent froid et inquiet, cela tient souvent à ce seul petit fait que le directeur n'est pas dans sa loge, ou même seulement qu'il n'y est pas attendu. Ne m'accusez pas de paradoxe,J'ai fait maintes fois cette observation, non pas avec un parti pris, mais avec l'attention éveillée sur un point que ne soupçonnaient sans doute ni les spectateurs, ni les artistes ; le fait est réel ; il se produit plus ou moins netteiùent, suivant diverses circonstances, mais il est bien rare qu'il ne se manifeste pas.

Tout le monde aurait donc bénéfice à ce que cette condition de surveillance ou plutôt de bienveillance, et d'intérêt fût toujours remplie, et, dût-il en coûter quelque chose à l'illusion de la mise en scène, il vaut encore peut-être mieux souffrir un peu de ce côté, que de souffrir du côté bien plus important de la bonne exécution de l'œuvre dramatique.

La question d'illusion théâtrale est surtout affaire de convention'; on s'identifie assez facilement avec les conditions qui la font naître; on oublie bien vite ce qui peut lui nuire, lorsque les inconséquences ou les défauts de logique sont en partie détruits par l'habitude; on laisse de côté les invraisemblances relatives

des premiers plans de la scène, pour se rattacher à Faction scénique elle-même, et il faut avant tout que celle-ci soit aussi parfaite que possible. En facilitant donc aux directeurs, aux auteurs, aux chefs de service, une surveillance facile et efficace, sur tout le personnel, depuis le premier sujet jusqu'au dernier comparse, on aura un résultat meilleur, une représentation plus parfaite, et l'attention, sollicitée par l'entrain des artistes , par la perfection du jeu, ne se préoccupera plus que bien modérément de l'anomalie des loges sur le théâtre, celles-ci fussent-elles même très-visibles de la salle.

Mais ce point adopté au moins physiologiquement , l'architecte doit chercher à le rendre encore plus net, plus accusé , et pour cela alors il doit se demander quel aspect il faut donner à ces loges pour aider encore sinon à leur effacement, au moins à l'illusion scénique.

Il se présente là deux principes tout à fait opposés, et qui, tous deux, peuvent être mis en œuvre sans que Ton soit bien persuadé que l'un vaille mieux que l'autre. Ce qui rend encore la décision moins sûre , c'est que des deux procédés un seul encore a été déjà employé. C'est celui qui consiste à déguiser autant que possible les logettes, soit par des tons sombres, neutres et sans éclat, soit par des tons participant des draperies de frise et du manteau d'arlequin. L'autre procédé tout contraire serait de faire participer la décoration des logettes de la décoration générale de la salle, au moins comme tonalité et comme importance artistique.

Ces deux procédés ont des qualités diverses qui les feront employer à l'exclusion l'un de l'autre, suivant

que le goût ou le raisonnement de l'architecte le portera à préférer tel ou tel effet, telle ou telle impression. Le procédé qui consiste à déguiser autant que possible les logettes paraît sans nul doute plus logique de prime abord. Les tons confus et de même intensité que les draperies d'avant-scène, amènent intinctivement le plancher du théâtre jusqu'au devant du mur de face; le second plan, formé par les loges, se confond d'aspect avec le premier plan , formé par le manteau d'arlequin, et la scène s'avance. Il est vrai que les occupants des loges «ombres apparaissent d'autant plus, et que ce sont surtout ces occupants et non les loges qui gênent l'illusion scénique. Plus les loges seront déguisées, plus les occupants seront visibles, à moins de faire comme aux Italiens, d'enfermer ces malheureux spectateurs du théâtre derrière un grillage ou treillis, ce qui est assez humiliant pour les emprisonnés, et désagréable à la vue des autres, par le dessin toujours maigre et sec de ces petites lattes de bois croisées les unes avec les autres.

Mais non-seulement les spectateurs font saillie dans la demi-teinte des loges , mais encore cette demi-teinte même est nuisible pour l'effet des décorations. Pour qu'un tableau ait toute sa valeur, il faut qu'il soit nettement circonscrit sur les bords; ce sont les oppositions du cadre qui repoussent à leur plan les lumières ou les ombres , qui donnent de la fermeté aux contours, qui empêchent la vue de s'égarer hors de la toile, qui concentrent en un mot l'effet et l'attention sur un point défini et circonscrit. Cela est trop élémentaire pour être discuté, et chacun sait que toute peinture, si belle qu'elle soit, ne peut être jugée définitivement que lorsqu'elle est encadrée nettement, et parfois luxueuse-

ment. Une aquarelle, un pastel, une peinture à l'huile, privés de cadres, ont toujours un aspect piteux et affaibli; vous mettez l'aquarelle sur papier blanc, le pastel sous un verre limité, la peinture dans un panneau arrêté ou dans un cadre doré, et tout de suite l'aquarelle prend de la fraîcheur et de la transparence , le pastel de la finesse et de la légèreté , l'huile de la fermeté, de l'éclat et de la décision, et l'on peut dire que, à part l'étude sérieuse des morceaux, à part le talent réel de F artiste, que, à part enfin la valeur intrinsèque de l'œuvre, le cadre est pour l'effet d'ensemble, pour le plaisir de la vision seule, près de la moitié de l'aspect général et définitif d'un tableau; je parle toujours de 1 effet inconscient et instinctif, qui n'est pas toujours raisonné, pas toujours logique, mais qui se produit toujours, quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise.

Eh bien ! cet effet, à peu près mécanique, se présente au théâtre. La scène n'est en somme qu'un grand tableau, tableau vivant, tableau mouvant, je le sais, mais enfin tableau , et pour avoir toute sa valeur il doit être nettement circonscrit , comme dans la nature on circonscrit intinctivement les horizons et plans successifs en regardant à travers le creux de la main, ajustée en lorgnette. C'est la circonscription des objets, animés ou non, qui leur donne leur valeur positive et accentuée ; je ne saurais trop le redire, parce que ce phénomène se présente à tout instant dans les questions d'art, et qu'il est un des principes les plus réels et les plus inflexibles.

Donc pour en revenir à la décoration de la scène , si cette décoration est arrêtée seulement par des tons douteux, par des draperies de couleurs neutres, Fef-

fet produit sera bien au-dessous de celui qui se manifesterait si le cadre était net et tranché, et ne participait pas avec les premiers plans de ce tableau animé. Or, ces logettes, d'un ton assourdi, formeront en somme le cadre de tout l'ensemble des décors, cadre sans valeur, cadre sans arrêt, sans netteté, et qui par conséquent sera impuissant pour vivifier les aspects de la mise en scène , et repousser à leur plan les parties lointaines, qui ne fuient que grâce à des oppositions vives et accusées.

Il y a donc dans ce procédé un inconvénient fort grave, et dont se plaignent les décorateurs. Cet inconvénient n'existerait pas dans le second moyen., celui qui consisterait à faire participer la décoration des logettes de la décoration de la salle, et à leur donner plus de fermeté d'aspect, plus de richesse ornementale, plus de vérité architecturale en un mot. La scène

jl est vrai paraîtrait peut-être repoussée un peu plus loin, l'illusion serait peut-être moins franche, et les acteurs paraîtraient peut-être plus dans la salle que sur le théâtre ; mais cet inconvénient ne serait pas si grave qu'il le paraît d'abord. Le grand cadre formé par les logettes, enserrerait toujours la scène, et serait toujours éloigné des acteurs; ceux-ci se détacheraient toujours, non sur ce cadre, mais sur le fond des décors , et la comparaison immédiate des divers plans où se meut l'artiste avec celui où seraient édifiées les loges, ne serait pas choquante. Le cadre d avant-scène, au lieu d'être, comme presque toujours, assez mesquin à cause de son peu d'épaisseur, serait seulement plus large, plus ample, plus cossu; il arrêterait mieux les dimensions du théâtre et il ne chercherait pas à lutter avec les décorations de la scène exécutées dans un

système tout différent. Il ne faudrait donc pas s'exagérer l'effet que peut produire l'arrivée de Facteur au devant du plan des loges, mais se rendre compte au contraire du grand avantage que l'on retirerait de l'opposition plus marquée et plus franche de ce nouveau cadre somptueux avec les décorations de la scène. Si l'argent ne fait pas défaut, c'est de cette façon que seront installées au nouvel Opéra les logettes du théâtre, et si cette installation peut se faire ainsi, elle permettra de juger de visu l'effet produit, et de servir d'exemple à suivre ou à repousser dans l'avenir, lorsqu'il s'agira d'un pareil établissement.

Mais pour compléter un tel système, il serait bien que les deux constructions latérales fussent rejointes par une espèce de plafond suivant la courbure de Pavantscène, afin que le cadre fût entier, et que la partie supérieure se raccordât comme décoration avec les parties latérales. Cela supprimerait, je le sais, la faculté de faire descendre des rideaux du cintre dans l'épaisseur des logettes, mais comme le tout n'a pas une grande épaisseur, il est probable que ce petit empê chement ne serait pas cause d'un rejet complet.

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