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CHAPITRE XVI

SERVICE DBS DECORATIONS.

Il est bien évident que sous certains rapports il serait désirable que les ateliers de peinture où s'exécutent les feuilles de décoration et les toiles de fond, que les ateliers de menuiserie où se confectionnent les châssis et les praticables , et que les magasins de décors où se remise tout le matériel de la scène, fussent installés dans le théâtre même ; la proximité de ces ateliers et de ces dépôts faliciterait les emménagements, concentrerait les services, et permettrait une surveillance plus efficace et plus immédiate ; mais il ne peut guère en être ainsi. De grandes difficultés, sinon des impossibilités, se présentent, qui amènent à détacher du bâtiment principal les bâtiments annexés : difficultés de terrain, difficultés d'exécution, difficultés d'argent.

L'emplacement que doit occuper tout cet ensemble

est considérable, et il devrait même être presque illimité; les magasins s'emplissent chaque jour, et chaque jour deviennent insuffisants; les exigences de la mise en scène se développent incessamment, et augmentent le nombre des toiles et des décorations. On hésite à détruire le matériel des anciens répertoires, et les répertoires nouveaux se forment à tout instant, en accumulant de nouveaux engins, de nouvelles fermes, de nouveaux châssis et de nouveaux rideaux, de sorte que l'emplacement destiné à la confection ou au remisage de tout ce matériel est destiné fatalement à devenir un jour insuffisant. Il ne faut pas pourtant dépasser certaines limites pratiques et dans l'éventualité de l'avenir rendre impossibles les installations présentes. C'est donc assez de se préoccuper des conditions qui doivent exister pendant un certain temps, et ne pas vouloir l'impossible. La question actuelle est déjà suffisamment embarrassante.

Dans les conditions ordinaires, et pour un grand théâtre, la surface occupée par l'atelier de peintres en décorsrdoit avoir au moins quarante mètres sur quatrevingts, afin que l'on puisse peindre au moins deux rideaux de fond à la fois; mais il faudrait mieux encore une surface plus grande, afin qu'indépendamment des rideaux on pût* peindre les châssis qui complètent la décoration des mêmes tableaux, et cinquante mètres sur cent paraîtraient être la dimension qu'il serait désirable d'avoir, soit donc environ cinq mille mètres qui devraient être affectés seulement à ce service spécial. L'atelier de menuiserie devrait avoir au moins la moitié de cette superficie, soit deux mille cinq cents mètres. Pour les magasins de décors, ils ne pourraient être convenablement installés que s'il leur était réservé

une superficie analogue, et en ajoutant à ces surfaces diverses celle de la cour indispensable aux manœuvres des chariots, puis les remises des chariots mêmes, les écuries pour les chevaux de trait, les divers dépôts des matières premières, les postes des pompiers , des concierges et des gardiens; on arriverait à couvrir au minimum un espace de plus de quinze mille mètres carrés.

Il est toujours convenu que je parle d'un théâtre de premier ordre. Mais même en mettant ces annexes en rapport avec des édifices plus secondaires, il faudrait encore compter que leur emplacement devrait être au minimum de la moitié de celui affecté au théâtre luimême, s'il n'en était les deux tiers ou les trois quarts. On voit tout de suite que cette grande adjonction peut entraver le service même du théâtre et qu'une telle surface peut difficilement être utilisée sans empiéter sur la surface affectée au monument spécial, et si la question d'aménagement n'est pas insoluble, au moins estelle pleine d'embarras. Il se présente de plus une autre difficulté relative aux dépenses occasionnées par cette grande adjonction. Le terrain où s'édifient les théâtres qui doivent naturellement être placés aux centres des villes, est en général d'un prix fort élevé, et il y aurait pour le plus grand nombre de cas une «impossibilité à peu près réelle à dépenser une somme considérable pour un établissement, indispensable sans doute, mais qui peut néanmoins être reporté à quelque distance du théâtre. Pour éviter ce surcroît de dépenses, il faut donc chercher si l'installation pourrait se faire non plus en augmentant la surface du terrain nécessaire à l'édifice lui-même, mais en englobant les ateliers dans le bâtiment même. Mais on retombe là

encore dans des difficultés pratiques : si ces grandes salles sont établies dans le rez-de-chaussée, comme elles doivent être complètement libres, on ne pourra y disposer des points d'appui, et dès lors on ne pourra rien construire au-dessus d'elle, d'autant plus même que pour les ateliers de^einture , il est de toute nécessité que les jours viennent du haut. Quant aux magasins de décors comme ils doivent avoir une trèsgrande hauteur, environ quinze ou vingt mètres, cela reléguerait encore bien haut les dépendances qui pourraient être construites au-dessus d'eux, de sorte qu'en résumé cet emplacement au rez-de-chaussée sera destiné à peu près seulement au service de décoration, sans que la surface des bâtiments puisse être utilisée pour le service du théâtre, et Ton en revient ainsi à l'adjonction des terrains. Si au contraire l'installation des magasins et ateliers est faite aux étages supérieurs, il en résultera de grands inconvénients quant à ce qui touche la circulation et l'aménagement de tout l'ensemble. Il est à peu près impossible que les magasins de décors soient placés normalement à une grande hauteur au-dessus du sol, la manœuvre des châssis serait ainsi bien moins simple que si le magasin central était de plain-pied avec le niveau de la rue. L'atelier de menuisier, qui reçoit souvent de grands approvisionnements de bois, souffrirait aussi de cette élévation; quant aux ateliers de décors, s'ils étaient installés dans les cintres, il y aurait très-vraisemblablement de grands embarras lors de la montée et de la descente des toiles et des châssis, et il faudrait sans doute prendre des chemins très-indirects et contournés pour amener le matériel de ces grands ateliers de décors à la scène, de sorte que, bien qu'en thèse générale il ne soit

pas nécessairement impossible d'installer les ateliers et les magasins dans le bâtiment même du théâtre, on ne peut guère espérer que l'installation soit complète et commode, que si elle est faite tout à fait en dehors de l'édifice central. Puis enfin, en supposant même que l'ingéniosité de l'architecte parvienne à résoudre à peu près le problème, il n'en résultera pas moins fatalement ceci : c'est que le théâtre proprement dit sera englobé, étouffé sous des constructions parasites, qui lui retireront le caractère qu'il doit avoir, et que tout l'ensemble de l'œuvre sera lourd, empâté et confus ; à moins qu'on ne préfère sacrifier à l'aspect extérieur du monument les dispositions intérieures, qui alors ne seraient plus en rapport avec leur destination.

Il paraît donc plus logique, plus pratique et plus raisonnable d'installer le service des décorations dans un emplacement où le terrain coûte moins cher, et où Ton puisse s'étendre à volonté sans nuire en quoi que ce soit au théâtre lui-même; il faudrait seulement que les voies qui relieront ensemble et les magasins et le théâtre fussent assez larges et assez directes pour que les transports pussent se faire avec facilité et sans craindre les encombrements.

Mais outre ce que je viens de dire, il est encore une autre raison, raison majeure, qui indique la séparation complète des théâtres et des magasins de décors : c'est la raison de sécurité, celle qui se rapporte à l'incendie. En effet, les toiles, les châssis, les dépôts de bois et de peinture, tout cela est fort inflammable, et si l'incendie se déclarait en un tel endroit, il serait à peu près impossible de le Combattre et même de le circonscrire. C'est ce qui est arrivé il y a six ou sept ans aux magasins de décors de l'Opéra, où le feu a tout dévoré et où

les murs extérieurs sont seuls restés à peu près debout; et comme il est important, afin d'éviter et de prévenir des désastres, d'éloigner d'un théâtre toutes les causes possibles d'incendie, on doit commencer à séparer de l'édifice théâtral tous ces dépôts dangereux et à les exiler, si l'on peut dire ainsi dans des parages plus isolés et où les ravages du feu soient moins à craindre.

Quelques théâtres nouveaux n'ont pas néanmoins satisfait à ce principe de prudence, entre autres le nouvel Opéra de Vienne, et cela est selon moi sincèrement à regretter, car ce monument très-remarquable, est pour ainsi dire enseveli en quelques points sous des constructions un peu hétérogènes; déplus et surtout* il est sous la menace d'un incendie plus ou moins immédiat, plus ou moins intense, mais qui ne pourra être sans doute écarté dans l'avenir qu'au moyen d'une surveillance continuelle et d'une précaution de chaque jour.

Il ne resterait plus, ceci admis, qu'à examiner les dispositions particulières de cet établissement; mais cela dépend en somme beaucoup du terrain affecté aux bâtiments et du programme particulier imposé à l'architecte. Le point de départ de tout cet ensemble est seulement qu'il faut une grande cour centrale donnant un libre accès aux ateliers, aux magasins, et aux remises des chariots. La donnée, Comme on le voit, est fort simple, elle ne comporte pas d'observations bien particulières, et cette indication très sommaire doit suffire pour se rendre compte de la disposition générale.

J'ajouterai seulement que cet établissement doit être muni d'appareils contre l'incendie, de postes de pompiers, de réservoirs, etc., puis, que les grands ateliers

puissent être facilement chauffés en hiver, que les jours du haut puissent être agrandis ou diminués suivant les cas, et que tout l'ensemble puisse être complètement isolé tout autour, non pas par de petites ruelles, qui de l'avis des gens spéciaux sont plus dangereuses encore que des mitoyennetés directes, mais bien par des rues larges et spacieuses, qui pourront permettre une manœuvre facile en cas d'incendie, incendie qui, je le répète, est toujours imminent dans un bâtiment qui contient tant de matières inflammables.

Il ne faut donc conserver dans le théâtre que le matériel destiné au répertoire courant," soit, au plus, huit ou dix pièces, et remiser, en un endroit spécial, tout le matériel général et complet. Mais ceci admis, il est utile de se rendre compte des moyens que Ton prendra pour amener au théâtre les décors qui viennent du magasin général et pour reporter au magasin général' les décors qui sortent du théâtre ; c'est-à-dire qu'il faut s'occuper des entrées et des sorties de tout le matériel mouvant, et voir quelles sont les conditions qui doivent être remplies.

Ce service général peut se diviser en trois catégories : les praticables, les châssis ou feuilles de décoration, et les rideaux ou toiles de fond. J'écarte tout de suite ce qui a rapport aux praticables qui peuvent presque toujours être logés dans les magasins du théâtre parce qu'ils se démontent facilement, et sont alors peu encombrants ; au surplus il est évident que si l'on ménage une entrée commode et facile aux décors, cette entrée pourra naturellement servir aux morceaux des praticables, et il ne reste à s'occuper que des deux dernières catégories.

Il est certain que si l'entrée des décors pouvait avoir

lieu de plain-pied avec le sol de la rue, la besogne serait bien simplifiée, et que cette disposition devrait être toujours mise en pratique, si rien ne s'y opposait. Malheureusement il peut bien rarement en être ainsi, sauf pour des théâtres secondaires, qui n'ont guère besoin de profonds dessous. J'ai déjà indiqué, en divers endroits de ce volume, la hauteur rationnelle du niveau de la scène, de sorte qu'en suivant cette indication usuelle, le sol de cette scène sera toujours bien plus élevé que le sol des rues environnantes. Que cette élévation soit de dix ou douze mètres, qu'elle soit même seulement de six ou huit mètres, il en résultera forcément que l'entrée des châssis ne pourra avoir lieu directement et qu'il faudra d'abord élever ceux-ci avant de les introduire sur la scène. Cela pourrait se faire par une pente douce, si les dimensions du terrain le permettaient, et si la montée n'était pas trop forte. Dans ce cas, arrivés au haut de cette pentcf* douce, les décors se trouveraient au niveau du sol de la scène, et l'introduction en serait dès lors facile. Mais dans le plus grand nombre de cas cette pente douce placée dans les bâtiments de l'administration gênerait bien des services, et serait trop étendue pour trouver facilement place. En supposant une hauteur moyenne de huit mètres d'élévation, la rampe la plus forte que l'on puisse adopter étant de vingt-cinq centimètres par mètre, il faudrait donc que la rampe eût en plan et en ligne droite un développement d'au moins trente-deux mètres. On comprend tout de suite que ce grand chemin, qui couperait en deux tout le bâtiment, serait un grand obstacle aux aménagements intérieurs, d'autant plus qu'il faudrait qu'il fût libre sur une hauteur d'au moins six ou huit mètres, afin de laisser passer fa-

cilement les châssis de décoration. Ce serait donc à peu près une tranchée pratiquée dans une hauteur de quinze mètres environ, et qui isolerait les services placés d'un côté de cette tranchée de ceux qui seraient placés de l'autre. Je ne prétends pas que dans des conditions exceptionnelles cette rampe douce ne pût être établie; mais cela se présenterait fort rarement, et il vaut mieux en théorie générale supposer que la pente est supprimée et que les décors arrivant au pied de la baie d'entrée, seront élevés directement et verticalement au niveau de cette baie. Cette élévation peut se faire par bien des moyens mécaniques*: moufles, chaînes, plateaux ascenseurs, qui tous n'offrent aucune difficulté et dont le choix peut être motivé par une foule de circonstances particulières.

Une fois arrivés à la hauteur de l'entrée de la scène, les décors sont saisis par les machinistes et transportés ensuite à l'endroit qui leur est assigné. Tout cela est élémentaire, et, que l'entrée soit pratiquée sur l'arrière de la scène ou sur les côtés, le procédé est le même; il est usuel et, sans être parfait, il est tout au moins suffisant. Quelques jours d'étude pour les manœuvres premières, quelques essais pour les premières évolutions, et tout se règle, s'organise et fonctionne bien par la suite ; sur ce point donc point d'embarras réels, point d'impossibilités, point même de difficultés. Mais il n'en est pas tout à fait ainsi pour l'aménagement des toiles et des rideaux de fond; ces rideaux ayant, ou tout au moins pouvant avoir des dimensions plus grandes que la profondeur de la scène, la manœuvre ne pourrait s'effectuer comme celle des châssis, qui ne dépasseront jamais 4 mètres en largeur et 12 en hauteur. Ces grandes toiles, en effet, étant

roulées sur de longues perches qui peuvent atteindre 35 mètres et plus, et leur position normale étant parallèle au mur de face, si ces toiles arrivaient par le fond de la scène, il serait indispensable qu'on leur fît effectuer un mouvement d'évolution demi - circulaire pour les placer de la position perpendiculaire de l'arrivée à la position parallèle de destination. Certes cela peut se faire au milieu du vaste espace que comprend la scène, mais il faudrait alors pour cela que cette scène ffrt complètement libre, afin que le mouvement giratoire pût s'effectuer sans obstacle, et encore, lorsque les toiles auraient leurs plus grandes dimensions, il y aurait parfois de grandes difficultés naturelles pour opérer la conversion.

Cet inconvénient doit être évité autant que possible, car souvent il arrive que des plantations sont faites en quelques points, que quelques praticables encombrants sont installés sur la scène, et que quelques rideaux sont descendus ou quelques fermes élevées. Si, dans ces conditions, on voulait aménager et entrer un rideau de fond, ce qui peut se présenter, il faudrait donc tout d'abord enlever les praticables, déplacer les plantations, faire fondre les fermes et charger les toiles, pour alors introduire le nouveau rideau, pour refaire après cette opération toute la besogne détruite et remettre la scène en son état primitif. Cela prendrait un certain temps, exigerait une certaine main-d'œuvre et causerait un certain trouble daus les manœuvres générales. Or, bien que tous ces inconvénients signalés ne soient pas tout à fait insurmontables, il y aurait bénéfice à les éviter. Cela peut se faire tout simplement en introduisant les longues perches dans le sens de la largeur de la scène, c'est:à-dire en pratiquant

l'entrée des toiles et des rideaux par l'un des côtés du théâtre; de cette façon, une fois ceux-ci arrivés sur le sol de la scène et à un plan quelconque, des fils enlèvent tout l'appareil et le portent à son plan défini, sans l'obliger à faire aucune évolution giratoire, et en ne dérangeant au besoin qu'une partie des plantations. Ce fait au suiplus se présenterait assez rarement, car le transport du plan d'arrivée au plan définitif pourrait se faire en passant au-dessus des praticables, des terrains et des fermes ordinaires; et même, si l'entrée est pratiquée à peu près vers le milieu de la profondeur de la scène, le chemin à parcourir sera toujours assez restreint et les modifications des plantations assez sommaires.

Ainsi donc l'entrée des grandes toiles de fond devra être pratiquée sur l'un des côtés latéraux du théâtre ; mais là on comprend qu'il est impossible, comme pour les châssis, d'élever du sol de la rue au sol de la scène de grandes perches horizontales, de 30 ou 35 mètres de long. Il faudrait donc, ou qu'une pente douce fût établie, ou que l'entrée eût lieu au niveau du sol de la rue, c'est-à-dire au niveau d'un des dessous du théâtre. Cela est praticable de deux façons.

D'abord la hauteur du milieu de la scène étant moins grande que celle du fond donne une élévation moins grande à franchir et, par suite, diminue la longueur et la rapidité de la pente douce ; mais cela serait peu sensible si cette pente douce devait traverser encore tous les bâtiments d'administration ; mais comme nous avons vu que les côtés de la scène étaient occupés par des remises de décors, où la circulation est toujours intermittente, il n'y aurait aucun inconvénient à faire passer cette pente douce au milieu d'un

de ces magasins, soit en faisant ce passage à demeure, c'est-à-dire en divisant le magasin en deux sections séparées par le couloir d'entrée des perches, soit, au contraire, en faisant seulement un passage mobile recouvert par des trappes qui s'ouvriraient suivant les circonstances. Ainsi, que l'on choisisse le premier ou le second système, la rampe douce peut*être trèsbien établie sans gêner aucun service, et cela surtout parce que les perches n'ayant pas de développement en hauteur, peuvent passer par une ouverture fort petite, et que la rampe peut n'avoir que très-peu d'élévation de plafond. Si cette élévation pouvait être bien plus grande sans rien gêner de ce qui se trouve au-dessus, on pourrait alors au besoin profiter de cette entrée pour introduire aussi sur la scène les feuilles de décoration.

Quant à l'entrée directe dans les dessous de la scène, cela n'offre aussi aucune difficulté ; une petite porte de dimension restreinte, permettant seulement à deux hommes de passer de front en tenant la perche sur ^eurs épaules, suffira pour introduire directement le rouleau dans le dessous placé au niveau du sol extérieur.

Il ne s'agit plus que de se décider pour l'un ou l'autre système, qui tous deux ont des avantages qui militent en leur faveur, et de petits inconvénients avec lesquels il faut compter. La pente douce arrivant directement sur la scène ne touche en rien aux équipements des dessous, et l'entrée et la sortie des décors peuvent se faire indépendamment de toute manœuvre du plancher. Et là il y a certes avantage, mais la montée par une rampe douce est parfois assez fatigante pour les hommes, et lorsque la manœuvre se répète assez sou-

vent et avec une certaine continuité, il en résulte quelque fatigue. C'est affaire de bras et de repos, je le sais, mais enfin ce léger inconvénient devait être signalé.

Par le système d'arrivée au niveau de l'un des dessous du théâtre, il n'y a pas ce reproche à faire. La manœuvre est horizontale et, par suite, plus simple et plus facile; mais pour remonter alors les toiles du dessous au niveau de la scène, il faut d'abord débarrasser en entier la grande rue d'arrivée, puis élever ensuite la perche au moyen de fils ; cela est encore très-facile, surtout la dernière évolution qui peut se faire par des moyens mécaniques; mais la nécessité de laisser la rue d'entrée complètement libre, lors de l'arrivée ou de la sortie du rideau, peut quelquefois amener à des sujétions plus ou moins nuisibles.

Tout <sela n'est pas bien grave, mais encore faut-il chercher à éviter tous ces petits défauts. Le mieux à faire, ce me semble, ce serait d'avoir à sa disposition les deux modes d'entrée, soit côte à côte, soit, mieux encore, superposés : cela serait de la plus grande facilité d'exécution au moyen de la mobilité d'une partie de la rampe douce, et comme en résumé c'est la pratique de chaque jour qui doit être consultée, il est bon de ménager les moyens de modifier facilement des dispositions, qui ne sont pas dès l'abord rigoureusement imposées ; et c'est surtout pour permettre cette étude pratique, que je pense que la double entrée peut avoir de grands avantages.

Maintenant je dois dire que le transport de ces grandes et longues pièces est toujours assez long et assez difficultueux, non pas seulement pour l'entrée au théâtre et pour la sortie, mais encore et surtout

peut-être pour le transport et les aménagements au magasin central. Aussi est-il bien de les changer de place le moins souvent possible, et de conserver dans le théâtre même les rideaux ou toiles dont on prévoit un emploi plus ou moins prochain. C'est pour cela qu'il est utile d'installer sur le mur de fond de la scène des espèces de grands rayons ou étagères qui peuvent remiser toutes ces grandes toiles. Avec cinq ou six étages semblables, munis de casiers et de potences de support, on peut facilement remiser les rideaux d'au moins cinq ou six pièces, outre les toiles suspendues, et ce n'est dès lors que dans le cas de représentation d'ouvrages nouveaux que l'aménagement doit avoir lieu, ce qui le simplifie beaucoup en en diminuant la fréquence.

Il y a encore un autre genre de montage auquel il faut penser. C'est celui qui a rapport aux chevaux qui doivent paraître sur la scène ; mais là il n'y a pas de principes bien définis ; que ce soit des rampes douces, des bascules ou des ascenseurs, cela dépend du terrain et de la facilité d'agencement de ce service, et pourvu que l'élévation se fasse régulièrement et sans encombrement, cela suffit; au surplus, l'entrée des châssis peut s'agencer au besoin pour que le plateau qui porte les feuillets de décoration puisse, à un instant donné, être utilisé pour l'ascension des chevaux qui pénétreraient alors sur la scène par l'entrée destinée ordinairement aux décors. Mais, je le répète, il ne peut y avoir à ce sujet que dés données générales et non pas d indications précises; c'est à l'architecte à combiner cette obligation, comme il combine toutes les autres, au moyen de l'étude raisonnée du programme et des agencements pratiques.

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