SCÈNE V
LES PRÉCÉDENTS, UIOMÈDE, IJLVSSE.
MADAME HÉGÉMONE.
On m'avait prévenue de votre arrivée, messieurs les inspecteurs, et je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis heureuse de vous recevoir.
ULYSSI'].
Au lieu de venir seul, comme c'est l'usage, j'ai pris la liberté, madame Hégémone, de me faire accompagner par un de mes collègues : le savant... Anaxagoras.
MADAME HÉGÉMONE, à Diomèdo.
Oh! monsieur, quel honneur pour ma maison! Comme savant, j'ai tant entendu parler de vous!
DIOMÈDE, à part.
Eh bien! elle est plus avancée que moi.
ÏHÉTIS, à part, montrant Ulysse.
Je ne sais pas pourquoi, mais je. me méfie de cet inspecteur à lunettes bleues.
ULYSSE, montrant Achille et les deux jeunes filles.
Ces trois demoiselles sont de vos élèves?
MADAME HÉGÉMONE.
Oui, monsieur l'inspecteur. Elles font partie de la grande classe.
ULYSSE
Fort bien. (Bas à Diomcde.) Attention ! La présence de Thétis nous indique qu'Achille doit être parmi ces trois élèves. (Haut à Hégémone.) Pourricz-vous donner au savant Anaxagoras une idée de votre programme d'études?
MADAME HÉGÉMONE.
Très volontiers. Pour devoir, ce matin, j'ai demandé à ces demoiselles une narration.
DIOMÈDE
Ah! ah! une narration.
MADAME HÉGÉMONE.
En laissant le sujet à leur choix.
PERSÉIS.
Moi, j'ai pris pour sujet : le réveil d'une fleur!
DIOMÈDE
Oh! très joli!
DAFNÉ.
Moi, j'ai écrit : la mort d'un oiseau.
ACHILLE, vivement.
Moi, j'ai imaginé le récit d'une bataille! Gomme je comprendrais une bataille, une vraie bataille.
ULYSSE
Oh! oh! Voilà un sujet bien sérieux pour une jeune fille. (Bas à Diomède.) Jc crois que uous le tenons. Il faut tenter l'épreuve décisive. Allez chercher le coffret.
(Diomède sort.) THÉTIS, à part.
Une bataille! Voilà le héros futur qui se trahit! Justes dieux! qu'une mère est malheureuse d'avoir pour fils un héros.
ULYSSE
Bien que ce ne soit pas l'usage, le savant Anaxagoras, qui est un grand ami de la jeunesse, est allé chercher quelques curiosités qu'il a rapportées de ses voyages, et qu'il demande la permission d'offrir à ces demoiselles.
MADAME HÉGÉMONE, à part.
Des présents, à mes élèves? Quels drôles d'inspecteurs î
(Rentre Diomède avec un coffret qu'il pose sur la table et qu'il ouvre.
ULYSSE
Approchez-vous, mesdemoiselles, et choisissez.
l'enfance D'ACHILLE. a H
DAFNÉ, prenant un bracelet.
Oh! le joli bracelet de corail! moi, je prends ce bracelet.
PERSÉIS, prenant un collier.
Moi, ce collier.
ULYSSE, à Achille qui ne bouge pas.
Kt vous, mademoiselle, vous ne choisissez rien?
ACHILLE, haussant les épaules.
Et que voulez-vous que je choisisse?
ULYSSE
Regardez toujours.
ACHILLE, regardant.
Oh! un glaive! (Il prend un poignard.; Uu plstolct! (il prend un pistolet à bouchon qu'il fait partir au nez d'Ulysse.) Voilà
mon affaire.
DIOMÈDE, avec joie.
C'est lui!
ULYSSE
C'est lui !
MADAME HÉGÉMONE.
Que voulez-vous dire?
ULYSSE
Je dis que cette jeune fille n'est pas une jeunejiile. L'épreuve a réussi. C'est Achille.
THÉTIS, à part.
Ciel!
ULYSSE, continuant.
Je dis que le moment est venu de jeter le masque,
et nous ^jetons nos lunettes! (Posant le bras sur l'épaule de Diomède qui se renverse, et se renversant également.) NOUS Ue
sommes pas des inspecteurs primaires. Nous sommes, lui, le valeureux Diomède; moi, Ulysse, roi d'Ithaque. L'oracle a parlé, et les princes grecs nous ont envoyés pour découvrir Achille caché, dans un pensionnat de l'île de Scyros, sous des vêtements de fille. Achille est découvert, et nous l'emmenons au siège de Troie.
TBÉTIS.
Emmenez-le donc, puisque l'oracle l'exige; et qu'il devienne un héros. Sa gloire me consolera.
ULYSSE
Partons !
THÉTIS
Je pars avec vous.
l ACHILLE.
Et où allez-vous donc, ma mère?
THÉTIS
Chez mon ami Vulcain, commander ton armure!
(Ils sortent.) (Musique.) (Le piano doit jouer l'air : i< La victoire est à nous! »)
(Rideau.)