SCÈNE PREMIÈRE LÉANDRE, seul
Au lever du rideau, il tient entr'ouverte la porte de gauche, par laquelle il est entré et parle à la cantonade.
Oui, mademoiselle et chère future, vous êtes très bien comme cela. Soyez tranquille, je n'ai pas oublié que c'est aujourd'hui votre fête, et je vous la souhaiterai ce soir. En attendant, je vais passer à la poste pour savoir s'il y a une lettre de vous, (ii ferme la porte,
met la clef dans sa poche, et descend en scène en regardant autour de
lui.) Je suis seul... heureusement, car si l'on m'avait vu... ou entendu, comme on rirait de moi. (ii rit.) J'en ris moi-même, car, en vérité, on n'a jamais eu une
idée pareille ! une idée aussi folle ! Elle m'est venue, un soir, chez mon ami, le peintre du quatrième. Il avait un si joli mannequin que je l'ai prié de me le prêter; puis, j'ai fait faire un costume tout semblable à celui que portait ma chère Colombine le jour de son départ, et j'ai babillé mon mannequin avec ce
costume. 11 est là. (Il indique la chambre.) Tantôt, nOUS
souperons ensemble, en tête-à-tête, et il me semble que cette douce illusion me fera supporter plus facilement l'absence de ma future. C'est qu'aussi, il y a dans tout cela comme une fatalité ! A la veille de notre mariage, voilà que sa tante, qui habite la campagne, tombe malade, et ma chère Colombine est obligée de partir pour la soigner. Il y a trois semaines de cela, et le temps me semble bien long! Mais l'beure se passe, et il faut que j'aille donner mes leçons. Allons! du courage ! (Il sort par le foad.)