‹ Le théâtre chez-soiChapitre 2 sur 30 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADAME GRANDrN, JEANNE, AMBROISINE, puis MISS SPENCER.

JEANNE, entrant.

Tu m'as appelée, maman?

AMBROISINE, entrant en courant.

Voilà, madame, voilà !

MADAME GRANDIN, avec agitation.

Ahî ma fille! ah I Ambroisine! si vous saviez... c'est un télégramme que je viens de recevoir... (sMnterrompant.) Et Anatole? (a Jeanne.) Et ton frère, où est-il?

JEANNE

Je ne sais pas, maman, il est sorti après le déjeuner.

MADAME GRANDIN

Encore dehors, toujours dehors. Voilà comment il se prépare à son examen. Oh! les garçons! (a miss Spencer qui entre.) Eh ! arrivcz douc, chèrc voisine et amie. Si vous saviez quelle nouvelle! quel événement 1 quel honneur ! Voici un télégramme que je reçois à l'instant et qui m'annonce, pour aujourd'hui. (Elle lit sur le télégramme.) Traiu de 5 heures 27, l'arrivée du vicomte de Copurchic.

JEANNE, avec admiration.

Le vicomte de Copurchic! ici, chez nous?

AMBROISINE, cherchant.

Le vicomte... de quoi?

MISS SPENCER

Aoh ! Copurchic? Et il venait incessamment?

MADAME GRANDIN

Par le train de 5 heures 27. Vous voyez que nous n'avons pas de temps à perdre. Le vicomte est le neveu et l'unique héritier de ma vieille amie, la baronne de Roskanvec. Sa tante l'a chargé d'une commission pour moi, et il a consenti à la remplir. En quittant le château de Hoskanvec pour se rendre à Trouville où il va séjourner six semaines, il s'arrêtera ici et nous restera à dîner. Il n'a pas fallu moins d'un concours de circonstances pareilles pour que nous ayons le bonheur de le posséder dans nos murs I

JEANNE

Oh 1 je suis impatiente de le voir!

MISS SPENCER

Aoh! Pourquoi? apprenez-moi, je vous prie?

JEANNE

Mais vous ne savez donc pas, miss, que le vicomte est une célébrité! 11 est l'arbitre de la mode.

MADAME GRANDIN

Même au fond de notre province, nous avons bien quelques données sur le goût du jour par nos journaux, les gravures qu'ils nous envoient, les patrons qu'ils renferment, mais ce sont les modes de la veille

JEANNE, continuant.

Tandis que le vicomte les devance, car c'est lui qui la donne aux journaux. Il est la mode... du lendemain, tout simplement.

s- LA FÊTE DE COLOMBINE.

MISS SPENCER

Aoh ! fort bien. J'avais compris. C'était le roi du High-life.

MADAME GRANDIN

Mais nous sommes là à causer, et nous perdons un temps précieux. Avant tout, il faut s'occuper du menu. Ambroisine, ma fille, il faut mettre, aujourd'hui, les petits plats dans les grands.

AMBROISINE

Bien, madame, (s'arrêtant.) Ah ! mais, c'est que...

MADAME GRAxNDIN.

C'est que...

AMBROISINE

Je veux bien essayer, mais ça ne sera pas facile.

MADAME GRANDIN

Pourquoi?

AMBROISINE

Comment qu'on s'y prend alors?

MADAME GRANDIN, aux autres.

Elle m'a fait une peur ! elle n'a pas compris, (a Ambroisine.) Oui, c'est juste. C'est ma faute, et j'aurais dû me mettre à votre portée. J'ai voulu dire qu'aujourd'hui il fallait vous distinguer, nous servir un dîner délicat, recherché... tout ce qu'il y a de mieux, enfin. Cette fois, comprenez-vous?

AMBROISINE

Ah ! bon î un dîner comme celui que vous avez donné à m'sieu le maire, quand il est venu?

MADAME GRANDIN

Précisément. Allez vite ! Anatole se chargera de la

LES MOUTONS DE PANURGE. î>

cave. (La rappelant.) Ah 1 VOUS unnoncerez le vicomte quand il se présentera. Il faut toujours annoncer.

(Ambroisine sort.)

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