SCÈNE III Siegmund, puis Sieglinde
Il s'est étendu devant le foyer et réfléchit. Le glaive promis par son père, l'aurait-il en main à l'heure du péril ?
Les yeux de Sieglinde viennent d'embraser son âme et Sieglinde est au pouvoir d'un barbare. Welse, Welse où est le glaive ? La braise s'écroule et éclaire la poignée d'une épée enfoncée dans le frêne. Est-ce le rayon des yeux de Sieglinde? L'éclat du foyer s'éteint, il invoque ces yeUx, flambeaux d'amour. Lorsqu'elle l'a quitté, il a vu, sous son regard, jaillir du frêne une flamme dorée.
Sieglinde vêtue de blanc survient ; elle a endormi Hunding par un philtre.
Une épée est là, à conquérir.
On avait vendue Sieglinde à Hunding ; c'était au repas
de fiançailles ; un homme en manteau noir, sous un large chapeau qui lui cachait un œil, tandis que l'autre brillait d'un feu de défi et se mouillait de larmes. En s'arrêtant sur moi, il brandissait un glaive, il l'enfonça au cœur de ce frêne l'offrant à qui l'arracherait.
Les plus hardis en vain essayèrent. Le glaive est vierge encore ; j'ai compris qu'à mon vengeur il était destiné. S'il vient, tout s'oubliera, mon honneur retrouvera tout ce qu'il a perdu.
« Je suis le vengeur de ton rêve. » Ils s'étreignent.
La porte s'ouvre et Sieglinde s'arrache à l'étreinte. Qui est entré ? Qui est sorti? Nul n'est sorti, mais quelqu'un est venu : le radieux printemps.
La lune rayonne sur le couple .
L'hiver a fui devant le printemps vainqueur qui enchante le ciel et la terre ; avril paré vient vers nous, en de tièdes brises. L'air s'allangit, limpide et pur, et son regard y rayonne. Les bois répandent leurs senteurs enivrantes parmi le chant des oiseaux, la sève partout circule, et les fleurs déjà foisonnent.
Printemps, le héros radieux a mis en fuite le froid et les antans ; c'est son haleine qui poussa cette porte et renversa les obstacles qui le séparaient de nous. A leur amour, il emprunte son charme. D'abord silencieux dans notre cœur, il rayonne et rit dans le ciel. Notre cœur embrasé l'enhardit ; vainqueur de la nuit, il triomphe aujourd'hui, et ainsi une jumeauté singulière unit le printemps à l'amour.
— Ah ! c'est toi le printemps. Ton regard se leva sur moi comme une aurore.
— Oh ! viens plus près, cher époux, laisse-moi voir tes yeux... Le flot m'a fait connaître mon visage, et je me reconnais en toi,
— Ta voix, j'ai cru l'entendre quand les échos me renvoyaient ma propre voix.
— Tu es fils de Welse, à toi seul ce glaive. Je sais alors ton nom, tu es Siegmund.
— Je suis Siegmund, Welse est mon père. Angoisse et ivresse à la fois, moment tragique. Détresse, Détresse, ô glaive viens, étincelle, viens à moi.
Il arrache l'épée du frêne et la brandit. Sois libre, je brise la chaîne et te donne mon cœur ; le printemps nous appelle, mon glaive te défend, et l'amour nous sourit.
— Tu as conquis et ta femme et ton glaive.
— Viens ma sœur ! Viens ma femme. Il l'embrasse amoureusement.