SCÈNE II Mime, Siegfried
Siegfried, un cor d'argent au cou, arrive tenant en laisse un ours attaché avec une corde : il lance l'animal sur Mime qui se cache derrière la forge. Le jouvenceau démusèle l'ours et le chasse vers la forêt d'un coup de corde.
Siegfried cherche un camarade, alerte comme lui ; « aux accents de mon cor cet ours a paru, je l'ai pris pour t'effrayer, si mon épée n'est pas prête » ; il saisit i'épée que Mime a forgée et d'un seul coup sur l'enclume la fait
voler en éclats. Vingt fois Mime lui a promis un estoc de bataille et voilà le jouet qu'il donne. 11 a quelque envie de jeter le nain au feu de la forge : il se met sur le banc de pierre et tourne le dos avec humeur. Mime lui offre des mets que d'un revers demain, il envoie rouler: alors le gnome se plaint d'avoir un fils ingrat.
Siegfried, sincère, lui avoue. son antipathie, il suffit qu'il lui offre un plat pour lui ôter l'appétit, qu'il prépare sa couche pour lui ôter le sommeil. Il passe sa vie dans la forêt solitaire, et certainement il préfère le visage des animaux à celui de Mime. Pourquoi cependant revient-il toujours à la maison ?
Ce printemps, deux oiseaux s'appelaient, l'un était mâle et l'autre femelle; ils bâtirent leur nid et couvèrent leurs œufs ; une couvée parut. Les renards et les loups s'accouplent deux par deux. «0 Mime, montre la femelle que du doux nom de mère je l'appelle. « — Je suis ton père et ta mère à la fois. — Tu mens, le fils ressemble au père, mon front d'adolescent ne ressemble pas à ta vilaine face. Je devine pourquoi je reviens toujours à la maison : c'est dans l'espoir de connaître par toi mon père et ma mère. »
Siegfried saute à la gorge du nain qui lui raconte ceci: Dans le bois, un jour geignait une femme en détresse, il aida la pauvre femme qui mourut.
« D'où vient ce nom de Siegfried? » — Sa mère s'appelait Sieglinde ; son père est jnort en brave. Ainsi le jeune homme arrache par morceaux la vérité au gnome
loi LE THÉÂTRE DE WAGNER
qui enfin lui montre, en témoignage de son dire, les tronçons de l'épée Nothung. Enthousiasmé, le jeune héros s'écrie : « Reforge cette lame, je veux mon glaive aujourd'hui , sinon gare à toi ; puis je m'en irai, 0 Mime, pour ne jamais te revoir. » Il s'enfuit vers la forêt. Mime consterné regarde l'enclume et crie son impuissance de reforger Nothung.