SCÈNE II Mime et Wotan
Wotan est couvert d'un manteau bleu sombre coiffé d'un large chapeau dont le bord cache une partie du visage.
Mime veut l'écarter, mais Wotan s'obstine; il s'assied et s'engage à résoudre trois questions, sinon il livre sa tête. Mime accepte cela pour se débarrasser du visiteur.
« — Que sais-tu de ce qui est dans les entrailles de la terre ?
« — Au royaume de Nibelheim habitent les Alfes ténébreux; Albérichles commandait autrefois par son anneau magique : grâce à son or sans cesse accumulé, le Nibelung espérait régner sur l'univers.
a — Mais de ce qui est sur la surface de la terre ?
« — Riesenheim est le domaine des géants. Fasolt et Fafner conquirent l'anneau et l'or; mais Fafner assassina son frère, et, changé en dragon, il garde son or.
« — Et de ce qui vit au-dessus des rivages ?
« — Valhall est le séjour des Alfes radieux. Wotan le
céleste Albérich, les commande. Sa lance est faite d'un rameau d'Ygdrasil ; sur elle, il a gravé les runes du pacte divin. Le Nibelung et les géants reconnurent son pouvoir. »
Ce disant, il frappe le sol et un roulement de tonnerre épouvante Mime.
A son tour, Wotan interroge.
« — Quelle est cette race que Wotan paraît poursuivre et qu'il aime si fort ? »
« — C'est la race de Welse ; Siegmund et Sieglinde, frère et sœur séparés en bas âge, se connurent un jour, et Siegfried est né. »
« — Le nain rusé qui éleva Siegfried voudrait tourner sa valeur contre Fafner et ainsi s'emparer de l'anneau.
« — Quelle épée convient à la prouesse?
« — Détresse ; au cœur d'un frêne, le dieu Ta plantée ; Siegmund seul l'arracha. La lance de Wotan l'a brisée, un gnome en garde les morceaux.
« — Qui peut reforger Détresse ? »
Mime cette fois ne peut répondre. Alors Wotan se lève : « Qui n'a jamais connu la peur seul peut forger Détresse : quant à ta tête, je l'abandonne à celui même qui ignore la peur. » Cela dit, il disparaît dans l'ombre de la forêt. Mime se laisse tomber sur un escabeau,