‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 38 sur 166 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Sentci) — Mary, — Chœur des Fileuses.

Les jeunes chantent l'air du rouet.

« Situ ne files pas, » dit Mary à Senta, « tu n'auras nul cadeau de ton bien-aimé. » Senta, absorbée, murmure tout bas un passage de la ballade. Passera-t-elle sa jeunesse à rêver devant une image. Pourquoi a-t-on coté cette histoire ? « Elle est folle d'amour, » pensent les fileuses; Erik le chasseur, fiancé de Senta, frappera d'une balle son rival de la muraille. Senta les fait taire : les fileuses activent leur rouet à grand bruit. « Finissez

LES xr OPÉRAS 27

votre chanson ou chantez mieux : Dame Marie va nous chanter la ballade. » Elle refuse : laissez en paix le Vaisseau Fantôme. Senta, toujours assise dans le fauteuil patriarcal, chante :

lohohé, Iohohé, Houlii ! Avez-vous croisé le vaisseau au mât noir, aux voiles de sang, Iohohé, Iohohé, Houhi. Avez-vous croisé le vaisseau au mat noir, aux voiles de sang ; sur le tillac, jour et nuit veille le maître. Houhi, le vent hurle ! lohohé, Houhi ! les cordages sifflent, Iohohé, Houhi.

Il vole et court comme une épave sans but, sans répit, sans relâche. Pourtant le maudit aura sa grâce, s'il trouve une fidèle, fidèle jusqu'à la mort. Ah ! livide nautonier, quand la trouveras-tu? Priez Dieu que bientôt une femme lui soit fidèle.

Malgré lèvent et la tempête, autrefois il voulut doubler un cap redouté ; il blasphéma et dit, le téméraire : « Je renonce plutôt à mon salut. » Houhi ! Satan l'entendit, Iohohé î Houhi ! Satan l'a pris au mot, Iohohé, Houhi et maintenant erre sur la mer, sans but, sans répit, sans repos. Mais le maudit peut trouver encore sa délivrance, un ange de Dieu lui annonça le possible salut. Ah ! trouve le salut, livide nautonier. Priez Dieu que bientôt une femme lui soit fidèle.

(Les lileuses chantent rêveusement la lin de la strophe.)

Tous les sept ans, il jette l'ancre et pour chercher une femme fidèle, à terre, il descend ; tous les sept ans, il fait sa cour, sans avoir pu encore trouver une femme fidèle.

Houhi. « Les voiles au vent » Iohohé ! Houhi. « Levez l'ancre ! » Iohohé, Houhi « faux amour, faux serments. Alerte, en mer, sans répit, sans repos. »

Senta s'affaisse dans le fauteuil ; les fileuses chantent doucement : « Où est celle que l'ange doit te montrer un jour ? Comment la rencontrer, celle qui sera fidèle jusqu'à la mort? Senta se dresse. Qu'elle soit la libératrice ! » Par elle le maudit sera sauvé. Les jeunes filles s'effrayent de cette exaltation et appellent Erick qui est sur le seuil ; Mary jure de faire disparaître le portrait fatal au retour du père.

Page 1