SCÈNE IV Senta, le Hollandais
Il lui semble revoir une vierge entrevue en rêve ; souvent il a levé vers la femme un cœur plein de désirs. Est-ce l'amour qui brûle en lui? C'est la soif de la délivrance ; l'obtiendra-t-il par elle ?
Elle reconnaît ces traits pleins de souffrance. Seraitelle dupe de sa pitié ? La douleur de son âme, de quel nom l'appeler? Puisse-t-elle être la salvatrice !
Le Hollandais n'ose croire encore à une pitié si profonde : l'amour d'un ange seul peut consoler le maudit. S'il a un espoir de salut, que ce soit par elle!
Connais mon sacrifice en te jurant fidélité ; oui, la fidélité jusqu'à la mort, dit Senta.
« Étoile du malheur, pâlis; flambeau de l'espoir, rallume-toi. »
Daland revient : ils ont donné cours à leurs sentiments. Eh bien !
« Voici ma main et sans retour, je promets fidélité jusque dans la mort. »
« Enfer soit confondu! » s'écrie le maudit radieux.
A la fête, conclut Daland ; que ce jour soit tout allégresse !
Ici le cadre déborde sur le tableau. La phrase de joie des fiançailles sort de l'âme obtuse de Daland et de l'ivresse grossière des marins.
Le développement donné aux extériorités banales dépasse ici ce que voulait le goût ; et Wagner, encore en formation de génie, a sacrifié à l'antithèse du poème, au cadre de réalité ; ces deux figures, l'une fatale, l'autre séraphique, du Hollandais et de Senta, jurent avec l'accent d'humanité rudimentaire qui grouille sous la forme de Daland et de ses hommes.