SCÈNE II
Tannhauser et Vénus.
Le chevalier semble sor tir d'un rêve : Vénus l'attire vers elle, mais il passe sa main sur ses yeux, comme s'il cherchait à retenir le souvenir d'un songe.
Il croyait entendre le bruit joyeux des cloches ; depuis combien de temps déjà, il ne les a plus entendues.
Au Venusberg, ni soleil, ni saisons, ni rossignol ; aucune mesure du temps toujours semblable. « Seraistu fatigué de mes suaves merveilles ; poète prends ton luth, célèbre l'amour, toi qui en a gagné le prix sublime . »
Tannhauser prend sa harpe et, debout devant Vénus, il chante les joies divines, mais l'amour de la déesse l'accable. Après les joies, il appelle les douleurs: aimer, ce n'est pas toute la vie, il veut partir.
Vénus s'étonne : de quoi Faccùse-t-il ?
Après avoir modulé sur son luth, il reprend sa louange de gratitude, mais il aspire à l'air des bois, aux fraîches prairies pleines de chant d'oiseaux, il regrette le chant des cloches, il veut partir.
Vénus se lève encolérée; est-il rassasié de ses charmes ?
C'est parce que son amour pour la déesse est au comble qu'il la veut fuir pour toujours. Vénus boude et cache son visage ;puis elle se tourne souriante vers lui : il va boire l'eau de sa bouche et s'éblouir de son regard. S'énivrer de voluptés avec la déesse d'amour.
On entend le chœur des sirènes , Vénus attire doucement à elle le poète, qui saisit sa harpe et chante avec exaltation une troisième strophe.
Jamais il ne célébrera que Vénus : il sera son poète et son chevalier: mais il faut qu'il retourne sur la terre ; il veut la liberté, la lutte ; il veut partir.
Kypris furieuse jure que, s'il part, il ne rentrera plus jamais au Venusberg. Puis elle s'étonne de la parole prononcée : elle insensible à sa plainte ! non ! quand Tannhauser reviendra, Tannhauser sera pardonné. Elle espère que les désirs le ramèneront.
Non certes, il cherche le combat et non le plaisir, il cherche la mort, il fera pénitence.
« — Si tu cherches le salut, reviens à moi. »
« — Déesse, tu n'es pas la paix et le salut ; la paix et le salut sont en Marie. »
A ce nom auguste, un grand bruit se fait, Vénus a disparu.