SCÈNE ï
Le berger. Les pèlerins., Tannhauser.
Dame Hodda s'ébat par les prés et les champs aux accents d'une mélodie douce: « J'ai rêvé, et, quand mes yeux s'ouvrirent, le mois de mai était là. »
42 LE THÉÂTRE DE WVf.NEU
On entend le chant des vieux pèlerins, ils cheminent à droite, le long du sentier de la montagne.
« Je vais vers toi, Seigneur Jésus, vers toi, seule espérance, Douce sois-tu, ô Vierge immaculée, bénis les pèlerins... Sous le poids du péché, ma pauvre ame chancelle, je renonce au repos, j'embrasse avec ardeur la souffrance expiatrice. Je vais au saint Jubilé, me racheter ; béni soit le chrétien fidèle, et le pénitent sera pardonné. »
Le berger a cessé de jouer quand le pèlerinage est avancé en face de lui sur la colline, il agite son chapeau et crie aux pèlerins. « Dieu vous protège, priez pour ma pauvre âme ! »
Tannhauser est tombé à genoux et prie, tandis que les pèlerins s'éloignent et que leur chant s'éteint : « Je vais vers toi, Seigneur Jésus. »
« Ah ! s'écrie l'amant de Vénus, le poids de mon péché m'écrase, je renonce à la paix ; j'embrasse ardemment la souffrance qui purifie. » Il pleure, les cloches d'Eisenach tintent, puis de la gauche viennent des sonneries de chasse.
Le Landgrave^ Walter, Biterolf et les Minnesingers en costume de chasse.
Ils débouchent du sentier de la montagne, successivement.
Dans ce pénitent en prière, on reconnaît Tannhauser. Celui-ci, surpris , salue le Landgrave ; les chanteurs
rendent le salut. Où est-il resté si longtemps ? Oh ! dans des pays lointains où n'habitait pas la paix ; il n'est pas venu pour le tournoi poétique ; qu'on le laisse partir. Son destin est d'aller sans cesse en avant, car il ne peut regarder^en arrière. « Reste près d'Élisabeth, » dit Wolfram.
A ce nom enchanté, l'amant de Vénus ne résiste plus.
Wolfram se félicite de réentendre le cher transfuge aux fêtes poétiques de la Wartburg. Les chanteurs l'appellent frère, tandis qu'il embrasse Wolfram et crie: « Menez-moi près d'elle. »
Tannhauser dit avec le chœur, en un ensemble : « Je reconnais la splendeur de ce que j'avais quitté ! Le printemps entre dans mon âme et l'enivre d'allégresse : Près d'elle, menez-moi près d'elle. »
« Il revient, celui qu'on croyait perdu, un miracle le ramène : qu'un chant de joie jaillisse de nos poitrines. »
Le Landgrave sonne du cor ; des sonneries lui répondent ; le Landgrave et les chanteurs montent sur des chevaux amenés de la Wartburg.