V. 344-388] TRAGI-COMEDIE
Les tiens priuez do veuë vn espace tu fais,
45 Tesmoin l'opinion que ma flarae naissante Souloit iadis auoir de Felismeue absente, Seule ie l'estimoy capable mériter
48 Vne place d'espouse au lit de îupiter, Que des perfections Phœnix incomparable, Autre à mes yeux iaïuais ne viendroit préférable;
51 Voyla que neantmoins ce miracle estranger Tel erreur démenty me contraint de changer, Cypris n'habite plus en Paphe , ou en Cythere,
54 C'est icy que chacun pudique la reuere, C'est icy que Celle érige ses autels, Et captiue a bon droit les courages mortels,
57 Rauis de prime abord, que le regard contemple Deux clairs astres charmeurs qui esclairent ce temple, Puis la voûte d'vn front d'albastre bien poly,
(30 Et ce tertre iumeau si mignard, si ioly. Qui se soustient après de colomnes d'yuoire, 0 Cieuxî m'en rafraîchir l'agréable mémoire,
63 Redouble des ardeurs qui ne s'expriment point, Il est vray qu'vn remors aucunement me point, De r.î^none crédule en attente laissée, [309]
66 Vne pudique Hélène occupant ma pensée ; Pourquoy? lupin se rit du parjure amoureux. Qui refuse son heur ne mérite estre heureux:
69 loint que l'extraction ce party m'apparie. Et qu'à moindre sujet le plus ferme varie. Donnons le foible au fort : mais resueur voy-ie pas
72 Cet' Aurore d'Amour oppiDsee à mes pas,
Qui sort de son Palais? ouy, compose ta face, Te fraiant peu à peu le chemin de sa grâce,
7^ Auec l'humilité qui pénètre par tout.
Et des difficultez plus grandes vient a bout.
CELIE
Volontiers qu'esbahy vous trouuez fort estrange 78 Du naturel climat l'incompatible échange A ce pais grossier, qui d'aymable n'a rien. Et où les beaux esprits ne trouuent d'entretien.
D. FELIX
gj Vne merueille icy, merueille vnique au monde. Plus que les Elisez rend la plage féconde En des contentements qui rauissent les Dieux,
g4 Qui nous tirent charmez les âmes par les yeux. Qui vray Lothe depuis sa douceur engloutie Me feroit reuenir des déserts de Scytie, [310]
g7 Attaché désormais à ce diuin séjour,
Où vos Astres bessons m'allument vn beau iour.
CELIE
La louange retourne a l'auteur qui la donne, 90 Prise sur vn sujet que n'estime personne,
Qui le moindre n'attire a son élection,
La stupidité même & l'imperfection, 93 Ou ce peu qu'il auroit de louable est de croire
Ne mériter d'aucun la veuë & la mémoire.
Que quiconque m'auioit voiié de l'amitié, 96 Mérite peu d'enuie & beaucoup de pitié.
D. FELIX
0 foudres que Python inutiles desserre Sur ce pauure captif prosterné contre terre, 99 Le Comité i m piteux ne renforce les fers
Qu'aux forçats, dont ils sont malaisément souffert; Pourquoy donc dégorger ce fleuue de bien dire, 2 Nouuel appas qui croist mon amoureux martyre? Bon Dieu! la passion force la vérité, Manifeste en ces mots pleins de témérité, 5 Diuine les Dieux seuls vous doiuent leur seruice, L'entreprendre mortel mérite vn grand supplice.
[CELIE.] [311
Quant aux tiltres aquis par la commune voix, 8 L'Espagnol entre tout a celuy de courtois. Docte à dissimuler, qui porte non sans grâce Sur la langue en vn temps & la flame & la glace, 11 Faueurs qu'à nous grossiers la Nature interdit, Moy d'humeur qui ne croy pas tout ce qu'on me dit. Qui discerne à peu près vn trait de moquerie, 14 Et qui de mes deifauts suis ayse que Ion rie. D. FELIX.
Voila trop outrager vne innocence à tort. Tel soupçon de moqueur me fait pis que la mort, 17 Mal croyable soupçon, car l'immortelle Essence A mieux de nos pensers que nous la connoissance. Et vouloir ignorer ma palpable langueur, 20 Monstre vne feinte à nu qu'enfante la rigueur. CELIE.
Pareille violence excessiue ne dure.
Des feux si tost espris touchent leur sépulture; 23 loint que ma liberté faict le ioug amoureux,
Et se veut maintenir en son estât heureux. [312]
D. FELIX
Helas! vous dites vray, ma flame inmoderée 26 Ne permet à mes jours vne longue durée, Sa naissance me tuë , elle trouble mes sens De le plus receler dedans l'ame impuissans; 29 L'espreuue toutefois que vostre deffiance