V. 430-471] TRAGI-COMEDIE
Veut de ma loyauté, veut de ma patience, Ne manquera pourueu que Ion me face voir
32 Luire quelque bluette apparente d'espoir,
Que l'Empire acoepté sur mes désirs vous plaise,
Que de chastes faueurs entretiennent ma braise.
CELIE
35 Croyez qu'indifférente à tous pour ce regard. Chacun sans demander tire vne égale part, A dieu Monsieur, voila trop s'étendre en paroles
38 Sur choses de néant, ridicules friuoles. D. FELIX.
Dites que voila trop enuier ce peu d'heur. Que l'équité concède a ma deuote ardeur,
41 A dieu mon beau soleil, adieu chère homicide. Puisse le trait subtil de l'Archer Cytheride, A la xjremiere veuë ouurir vn cœur d'airain,
44 Chet-d'œuure signalé qui mérite sa main. [313]
CELIE
Fay le passionné, le piteux qui rend l'aïue, D'ingrate, de meurtrière applique moy le blâme,
47 Le Ciel sourd à tes cris inuoque l'Acheron, Tu n'auances rien plus que si le bûcheron Cuidoit au premier coup que son trenchant desserre,
50 Abbatre vne chesne haut menacé du tonnerre; Mille exemples diuers m'apprennent chaque iour Le naufrage encouru de ces ruses d'amour,
53 Naufrage irréparable & qui honteux deuore Vn ioyau plus prisé que tous ceux de l'Aurore, Preueu ie ne le crain; mais qui m'ameine icy
56 Son importun second autre amoureux transy?
ADOLPHE
Que vous auez souffert n'aguere ma Princesse Contrainte d'escouter ce freslon qui ne cesse
59 De rebruire ennuyeux quelques propos perdus, Ains pièges à l'honneur du brauache tendus. Pièges qu'vne Pallas ne redoute prudente,
62 Or telle Nation de nature impudente, Imite ces serpents qui tapis sous les fleurs Impriment au rustic de mortelles douleurs, [314]
65 Vn hypocrite face cache sa perfidie,
Qui se glisse par tout effrontément h;irdie, Et glissée vne fois sous la peau de Regnard
68 Re^nt; après tyrannique en Lyon sans égard, Auis (^ue receurez d'agréable victime Comme les Dieux (pii font du seul courage estime. CELIE.
71 Mon honneur deffiant & en garde tousiours.
Aucuns pièges ne craint que tendent les discours, Auerty du deuoir n'a besoin qu'on l'auise, 74 Sçait des mieux discerner le vray de la feintise ; l'approuue neantmoins pareille intention Qui s'obtiendra chez moy lieu d'obligation. ADOLPHE.
77 M'extermine le Ciel auparauant que croire Sa poursuite entamer vostre pudique gloire ; Mais Madame, plusieurs de ces mouches de Cour, 80 Plusieurs aussi touchez d'vn vertueux amour Goustent mal ses façons, trouuent sa procédure Enuers vostre grandeur intolérable & dure : 83 L'Icare ose pousser son vol audacieux
Droit a ce beau soleil redouté de nos yeux, [315]
Aborde familier à toute heure sa sainte 86 Que nous ne contemplons vénérable qu'en crainte, Nous de même païs plus dignes mille fois De viure humbles vassaux sous l'honneur de ses loix, 89 Sensible creuecœur a l'atteinte mortelle,
Qui bouillant de courroux me tuë & me martelle. Qui luy pourroit bien tost funeste deuenir 92 S'il ne se monstre vn peu plus sage à l'auenir. CELIE.
Nul ne doit s'oifencer de ce qui ne m'offence, Ma réputation seure sous ma deffense.
ADOLPHE
95 Ne faites que lascher la parole, & soudain Vous verrez abaissé l'orgueil de ce hautain,
CELIE
Estranger sur la foy publique, vn priuilege 98 Enfraindre en son endroit est pis que sacrilège, ADOLPHE.
L'appeller d'homme à homme où vont les gens d'honneur, Traite trop dignement vn lasche suborneur.
CELIE. [316
1 Rien moins, vostre querelle inique & mal fonde'e, D'vn semblable succez paroistroit secondée.
ADOLPHE
Ma vie à ce sujet néglige le trépas, 4 Et d'autres à l'égal iustes n'estiment pas. CELIE.
De mon consentement on ne peut l'entreprendre,
ADOLPHE
Tel oracle opposé lors seroit se méprendre : CELIE. ^ 7 La bonne volonté parue en l'offre fait M'obligera Monsieur plus que le mesme effet.