V. 71-100] TRAGI-COMEDIE
Vsons du bien présent, veu que de l'auenir 72 Nous ne pouuons le cours presser ou retenir. SALMACIS.
Tu dis vray, toutesfois la misère preueuë N'afflige pas si fort que frappant impourueuë. LICANOR.
75 Sur ce deffy conceu l'homme fait de ses iours Vn enfer qui le suit misérable toujours.
SALMACIS
Le sort ébranleroit à peine ma constance, 78 Amour la trouueroit foible de résistance. LICANOR.
Dorise volontiers décline à la froideur.
SALMACIS
Au contraire elle croist en sa pudique ardeur. LICANOR.
81 Dont trop d'aise éblouit l'ame qui le méprise Mis à même le choix de Sidère ou Dorise.
SALMACIS
Sidère n'a que voir sur mon affection.
LICANOR. [394]
84 Sa riualle pourtant cède en perfection, SALMACIS.
Mes yeux & mon désir le iugent d'autre sorte,
Au iugement commun le sage se rapporte, 87 Tu trouueras plustost la nuit parmy le iour. Que sagesse quelconque où domine l'Amour.
LICANOR.
0 que le Peintre auoit bien connu sa nature, 90 Qui le peignit aueugle errant a l'auanture ! SALMACIS.
En quoy presumes-tu Sydere , l'exceller V
LICANOR.
La chose peut de soy véritable parler, 93 Receuez à témoin vn monde qui le chante. Que cette chaste Circe à son aspect enchante. Qui luy donne le prix des mortelles beautez, 96 Et dont vn Dieu voudroit briguer les priuautez. SALMACIS.
Ma main te signera le transport de sa grâce Si tu veux l'occuper & y tenir ma place.
LICANOR. [395]
99 Pleust au Ciel que ce change inspirast son désir. Qu'elle daignast sans plus, esclaue me choisir.
192 DORISE. [v. 101-139
SALMACIS
Pires difficultez le temps nous facilite, 2 loint qu'elle ne sçauroit faire meilleure élite ; Or proche du séjour de mon bel Orient le le voy sur le sueil m^attendre sousriant, 5 Ne bouge pas, atten, pareille conférence Où préside l'honneur porte toute asseurance. Trois mots dits au surplus, tu me retiens qui veux 8 Te subroger absent à parfaire mes vœux. LICANOR seul.
Tu me vas rauir l'ame, ô voleur homicide! Sans que i'ose crier sous ta force perfide, Il Tu dédaignes l'aquis désirant conquérir La crédule beauté qui me fait remourir. Résiste iuste Ciel à si grande iniustice l^ Donnant que sa poursuite en rien se conuertisse. D'où procède mon heur, que ce front soucieux Aujourd'huy me dérobe vn Printemps gracieux? 17 Quel sujet de tristesse altère nostre ioye
Ores que ton retour à peine la déploie, (396!
L'vn des principaux fruits qu'apporte l'amitié -*
20 Est que pareil fardeau se diuise a moitié. Qu'ensemble nous ayons toute chose commune Tout accident de bonne ou mauuaise fortune, 23 Ne me le vueille donc dauantage celer Et selon mon pouuoir te laisse consoler.
SALMACIS
Ne douleur ne soucy ne m'attristent ma sainte, 26 Oste de ton esprit cette ocieuse crainte Vn congé de trois iours permis, DORISE.
Helas! cruel
Tu files ton exil ainsi perpétuel Depuis nue succombée a la
29 Depuis que succombée a 1 appas de tes charmes Vn Soleil accomply ne me passe sans larmes, Quelque guerre tantost d'excuse te fournit,
32 Vn voiage renaist de l'autre qui finit, Vlysse vagabond qui (fiere destinée!) Veufue me fait gémir parauant l'Hymenée,
35 Tu nous peux bien barbare au partir de ce lieu Pour la dernière fois dire vn dernier adieu.
SALMACIS. r397i
Ne t'afflige plustost que la vérité sceuë, DORISE.
oQ Plustost que du mensonge ordinaire deceuë.
Escoute patiente & me condamne après,