V. 140-172] TRAGI-COMEDIE
DORISE
Que ce Myrthe fuitif me couste de Cyprès, SALMACIS.
41 Mon père aux champs d'escorte à sa suite m'emmeine, Auise maintenant si cela vaut la peine.
DORISE
Tu n'oserois iurer.
SALMACIS
Menteur puissent les Cieux 41 Me bannir à jamais du Soleil de tes yeux. DORISE.
Ton parjure se donne vne légère amande,
SALMACIS
Mon idolâtre Amour n'en connoist de plus grande. V DORISE.
47 Ne te pourrois-tu pas dispenser ce deuoir? [398]
SALMACIS
Le vieillard me l'enjoint d'vn absolu pouiioir.
DORISE
Quel terme bornera ton retour désirable? 50 Quel temps meurtrira.'^-tu ta Dame inexorable? SALMACIS.
Le terme trompera son incrédulité, Bref, tfc du tout conforme à ma fidélité, 53 Ne présume au surplus tel voiage inutile, Là séquestrez du bruit d'vne tourbe ciuile, Seul que ie sçauray bien l'occasion choisir, 56 Et le bon homme pris au point de son loisir, Gagner la volonté paternelle requise A l'effet d'vne foy mutuelle prouiise, 59 Tandis chaque moment nos cœurs se parleront De lettres tour à tour, que les mains écriront.
DORISE
Plustost le Ciel perdra ses Nocturnes Estoiles, 62 Hy mette ses odeur.«, Amphitrite ses voiles, Que tu demeures nu de irouipeuses raisons: Au malade en la sorte aualer nous faisons 65 Sous vn miel apparent vne horrible amertume, [399] Ainsi se passe eu loy ta mauuaise coustume: Or trois iours expirez, non plus, ne pense pas 68 A faute de me voir prolonger mon tre'pas, Excuse, subterfuge, occasion, cautelle Ne t'exemptent après de ma haine mortelle:
SALMACIS
71 Coupable à deux genoux te requérir mercy Possible amoliroit le courage endurcy.
194 DOEISE. [v. 173-206
DORISE
Tu reueles déjà la trahison brassée.
SALMACIS
74 Tu soupçonnes a tort, ie meure, ma pensée, Oncques chose plus vraye oracle ne prédit, Que tu me reuerras dedans le terme dit,
77 A la charge qu'alors on souffre moins farouche Ma flame s'amortir sur cette belle bouche, Qu'au départ chacun sçait me deuoir le baiser,
80 Dieux faudra-il toujours de violence vser? DORISE.
Impudent que pourra dire ce Gentilhomme?
SALMACIS. [400
Que Tantale vne soif dans les eaux me consomme,
83 Approche Licanor a qui seul ie remets
De voir Madame absent le pouuoir désormais, Mon vertueux Amour te désigne vers elle
85 Es écrits enuoyez son Mercure fidelle, Auise neantmoins a ne la suborner, Car on ne la deut voir sans se passionner, LICANOR.
89 Telle crainte s'éclipse en mon peu de mérite, Vne plus belle image en sa belle "ame écrite Porte toute asseurance & sevré mon espoir,
92 Nous ferons au surplus comme ailleurs le deuoir. SALMACIS.
Adieu ma chère vie, vn pluuieux présage Me fasche ternissant le Ciel de ce visage.