‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 152 sur 203 · SCENE IIII · texte numérisé non relu

SCENE IIII

SIDERE, PAGE, NOVRRIGE, S0PH[R0N1E].

SIDERE.

DIs-tu que le regret d'vne Dame perfide L'emporte vagabond où sa fureur le guide? y^ Qu'aucun chez vous ne sçait la route qu'il a pris,

He! Dieu que ce rapport afflige mes esprits.

PAGE. [432

Chacun le tient perdu, le bon homme de père 96 Au sujet entendu luy-mesme en désespère,

Et moy qui ne vous puis tenir plus long discours Informer çà & là sans conduite ie cours: SIDERE.

99 0 funèbre nouuelle ! ô malheureuse fille, Ta jalouse rancœur déserte vne famille, Seule, seule tu es l'autrice de sa mort, 2 Seule, seule tu es le tison de discort, Seule tu as destruit la merueille du monde, Et sur toy ta malice exécrable redonde, 5 Qui ne dois, qui ne peux suruiure ce délit: Nourrice, vistement que Ion me mette au lit, Sur le point d'expirer malade outre mesure, 8 0 que déjà ce corps n'est en la sépulture: NOVRRICE.

Ma fille d'où prouient ce subit accident? Qui ce Soleil d'Amour panche a son Occident? SIDERE.

11 Mon imprudence va deualler criminelle, L'innocent Salmacis en la nuit éternelle,

NOVRRICE. [433]

Toujours ce Salmacis nous cause du malheur. SIDERE.

14 Ton blasphème impieux rengreige ma douleur. NOVRRICE.

Mais plustost auouez, que faute de me croire. Faute d'enseuelir en l'oubly sa mémoire, 17 Mille ennuis soucieux viennent à tous propo.s Me rompre la douceur d'vn aymable repos.

SIDERE.

Helas! ma téméraire & friuolle entreprise 20 De sa coulpe légère a trop d'vsure prise. Trop contre ce chetif de vengeance exercé, Trop commis d'iniustice & son heur t.rauersé.

NOVRRICE.

23 Comme quoy?

Le secret de mon ame demeure, Te suffise qu'il faut qu'homicide ie meure. Que mon assa-ssinat. n'appelé du trépas, 26 Nourrice, on me vient voir, ah! ne le soutire pas. [434] Qui que ce soit, le mal incroyable m'excuse,

NOVRRICE.

La sage Sophronie, ou bien mon œil s'abuse,

210 DORISE. [v. 729-768

SIDERE.

29 Sophronie, ha ! boa Dieu le nom me réjouit, La tristesse du cœur presque s'euanoûit, Qu'elle entre.

SOPHRONIE

Tu la vois, pauure fille Amoureuse, 32 Et si n'éprouueras sa visite qu'heureuse, Or sus Nourrice allez, retirez vous d'icy, La malade traitter importe à mon soucy : NOVRRICE.

g^ Qui pourroit mieux que vous entreprendre sa cure, Versée en des secrets surpassans la nature? Elle n'a plus que plaindre & plus qu'appréhender Qg Ez mains d'vne qui sçaitaux douleurs commander. SIDERE.

Ma mère vous auez choisi l'heure opportune, Parauant que Cloton borne mon infortune, [435]

Al Que ie charge l'esquif du fatal Nautonnier, A receuoir l'adieu qui se donne dernier.

SOPHRONIE

Admire le pouuoir d'vne oculte science,

44 Et d'elle tes destins écoute en patience,

Destins que consultez n'agueres m'ont appris, (lournallier passetemps) les Nocturnes esprits,

An L'Amant désespéré qui cause ton martyre. Chez l'Hermite deuot du désert se retire, Nous le trouuerrons la fleichible conuerty,

CQ De l'Amour de Dorise à iamais diuerty; Or seroit neantmoins la procédure vaine, Qui n'ostera le charme où s'entretient sa haine,

KO Charme malitieux que porte l'imprudent, "^ Et que luy mit Soline à l'oreille pendant, Voicy l'occasion, cette infâme Sorcière,

f-n Qui nourrit Salmacis dés l'enfance première, A cause qu'vn sien fils auec iuste raison Fut de ton oncle occis, hait dés lors ta maison,

cQ A tes affections contraire le suscite, Et le futur preueu dauantage l'incite, Sçachant que l'alliance heureuse de vous deux

nn Arrache la racine à ce discord hydeux, [436]

Gaillarde leue toy, que dessous ma conduite Les douleurs, les soucis, on aille mettre en fuite,

n^ Que mon art merueilleux, que ma tendre pitié T'aillent recompenser d'vne sainte amitié.

SIDERE.

Vénérable Sibile à ta simple parole

gg Tu me remplis d'espoir, le cœur d'aise s'enuole,

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