‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 153 sur 203 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

SALMAGIS, SIDERE, SOPHRONIE, L'HERMITE.

SALMAGIS.

L'Homme éprouue toujours la Deité propice, Qui veut des voluptés gauchir le précipice, i i Pourueu que son désir s'ettbrce seulement,

De la victoire il doit ne douter nullement, La tasche du labeur se parfait insensible,

80 Tout cède, tout se rend à ses forces possible : Ma propre expérience heureuse me suffit. Du dommage souffert deriue le profit,

83 Ce Scorpion d'Amour tué sur sa pointure f4^SJ

Me deliure guery d'vne estrange torture, L'ame n'a plus de goust aux charnels appétits,

86 Dans la ferueur du zèle à même heure engloutis, Qui ne durent non plus qu'en l'ardente fournaise Quelque goutte d'humeur aliment de sa braise :

89 Bien fait a ta clémence incomparable deu, Père sans qui perdu i'estois plus que perdu, Refuge des chetifs, iuste arbitre du monde,

92 En qui plus la pitié que la iustice abonde, Icy dessous le joug de ta crainte réduit, l'abhorre ces plaisirs qui trompeurs m'ont séduit,

95 le dépite le chant mortel de ces Sereines,

Qui d'os humains épars blanchissent leurs areines; Icy les bons discours de ce pieux vieillard,

98 Douce manne plustost que le Ciel me départ, Paissent l'esprit content, ores sur la structure De ce grand Ciel voûté par l'Auteur de Nature: Hardy III. 14

212 DORISE. [v. 801-844

1 Tantost sur la rondeur du plus lourd élément, Qui de son contrepois subsiste seulement, Autresfois il dira la merueille des plantes, 4 Ores ce qui se trouue ez minier ez relantes, Apres la nuit venue attire son discours Sur les feux estoillez, leur assiette, leurs cours: [439] 7 0 trois & quatre fois heureuse solitude ! Ne me sépare plus de ta béatitude, Coule chez toy mon âge, & a l'œuure entrepris

10 Prépare dans l'Olympe vn victorieux pris. Mais toy plustost Soleil d'éternelle lumière, Ne me laisse faillir d'aleine en la carrière,

13 Poursuy de bien en mieux, ah! ce petit ruisseau M'inuite le sommeil au murmure de l'eau, Vn lit appareillé dessur ce gayfleurage,

16 Que les saules épois encourtinent d'ombrage, Laissons passer icy la grand chaleur du iour, L'heure propre à cueillir le repos à son tour.

SIDERE.

19 Pasle, défiguré, vray squelette qui porte L'effroyable semblant d'vne personne morte, Sous cet austère habit, mon œil las ne peut plus

22 De ces humides pleurs tenir le roide flus.

Que voulons nous tarder? abordez la première, Vne vierge pudeur s'oppose a ma prière.

SOPHRONIE

25 Froide retien l'excez du désir violent, Le dessein réussit par vn moien plus lent, Attentiue ne bouge & me laisse auançée, [440]

28 Voir si le somme tient sa paupière pressée. Que de suite i'arrache auec vn doux effort Ce traistre caractère oii se cache le sort:

310 belle occasion 1 fauorable fortune ! Endymion attend les baisers de la Lune, Couché comme on le voit, sus, sus ostons soudain

34 Cete organe de haine & ce rogue desdain: Le voila ie le tien. Sidère qui t'asseure, Au retour du Héros, sa bienveillance seure,

37 Ne fein plus d'approcher opposée à ses yeux, Que quittent les pauots du somme gracieux.

SALMACIS

Quel songe fantastique en sursaut me réueilleV

40 Vne fille parue à Sydere pareille

Me sembloit arracher doucement hors du sein Le cœur qui Fa suyuie ainsi que par dessein,

43 Sidère ah? ce mépris de ton amour pudique, Bien que tard, d'vn remors équitable me pique,

Page 1